[English summary available here]

Je reprends des années après l’écriture de mes posts symboliques du vendredi, “Freyja’s Friday” ou les vendredis de Freyja, un jour consacré à la divinité dans la communauté anglophone. Pendant quelques années, le vendredi, c’était article pour discuter de Freyja sur mon blog anglophone. Rien de forcément très long ou compliqué, mais des partages réguliers sur mon expérience moderne au quotidien de travail avec la Déesse que je sers. Du “polythéisme vivant” comme m’ont dit plusieurs lecteurs.trices. Du coup en cette fin d’année, je tente quelque chose qui va si possible refaire son apparition dans mon écriture et mes travaux publics, continuation logique après avoir lancé des services rituels dédiés depuis quelques mois. On en reparlera en novembre.

Un retour en force pour la “période sombre”

Déjà, je vais commencer par faire un point de rappel. Je ne suis pas une “sorcière” ou une païenne générique ; je ne fête pas les “sabbats”. Je suis polythéiste de traditions gallo-irlandaise et “nordique” (et non asatru, mais ça serait un article entier à faire). Ainsi, mon appréciation du passage du temps est marquée d’abord par les mythes et les entités que je côtoie quotidiennement, et non pas des codes extérieurs qui ont été empruntés depuis des années par les modes et les livres. Quand je parle de “saison sombre”, d’une part je fais référence à la fois à l’automne et à l’hiver (équinoxe et solstice), au fait que dans l’hémisphère où je me trouve, on entre dans une période de déclin lumineux et d’un changement de saison. D’autre part, cela renvoie à des faits ou héritages culturels précis, dans les deux pôles mentionnés. Comme le rappelait ma collègue Phronesis sur l’Antre de Morrigan au cours du mois passé (ici et ici), la question de la “saison sombre” fait notamment référence à la question de Samhain, qui marque un point de rupture et de jonction à la fois entre l’hiver et l’été, les deux saisons irlandaises. Je n’ai pas mes notes à portée de main (donc c’est à vérifier), mais dans le calendrier de Coligny on peut trouver chez les gaulois une dynamique similaire (mais les idées et les faits culturels ne sont pas égaux entre les aires ; l’Irlande n’est pas la Gaule etc) autour de “samonios“, premier mois du calendrier gaulois qui marque la fin de l’été, et s’ouvre avec 3 nuits de célébration de Samhain. Pour finir, l’autre versant de ma tradition (germano-nordique) place en cette période de l’année également le déclin du soleil, mais surtout au plan mythologique l’ouverture de la Chasse sauvage, une période d’hyperactivité de l’Autre Monde avec des hordes d’Esprits en vadrouille en procession jusqu’au moins les premiers jours de janvier. A ce moment de l’année, le déclin du jour signifie s’exposer à la rencontre avec des êtres et des énergies nombreuses, complexes et pas toujours paisibles. On se replie dans la maison. On fait attention aux gestes de protection. Ce genre de choses.

Pourquoi donc Freyja en ce moment ?

Cette idée correspond à une observation toute personnelle, tirée de mes dévotions années après années ; ici, je ne fais référence à aucun livre, on est dans du partage d’expérience. Freyja revient souvent vers moi en ce moment particulier, j’imagine parce qu’il est très difficile. Cap temporel mondain, recrudescence d’activités “administratives” alors qu’on change de saison, de température, de taux d’humidité, de pression atmosphérique, d’heure, de luminosité, …. et parallèlement, l’Autre Monde est extrêmement ouvert, présent, débordant dans le Monde Commun, ce qui demande également beaucoup d’énergie et de temps en tant que spirit-worker. J’ai mes épreuves personnelles, créatives, professionnelles, et magiques…

L’automne, la saison sombre et les difficultés associées, c’est l’assurance que Freyja aura son autel bien entretenu, allumé, nourri : parce que je vais galérer, et que je vais chercher des enseignements et platement du réconfort.

La question du Self-care

Comme j’ai commencé à l’expliciter en ligne un peu depuis Juin dernier, l’aspect de Freyja le plus présent dans ma pratique est celui de la guérison (que j’associe à Freyja-Mardöll). Elle a beau être une des divinités les plus puissantes du panthéon nordique, puisque d’un côté elle incarne l’essence vitale (sœur de Freyr, divinité Vane de la fertilité et de la vie), qui lui vaut d’être enlevée / troquée, elle ou ses atouts magiques (son collier), et de l’autre elle est la grande “magicienne” (praticienne du seidhr) qui a elle-même initiée le roi des Dieux (Odin), malgré cela elle se présente le plus souvent à moi dans son visage silencieux, mélancolique et réceptif.

Quelque part, Freyja constitue la gardienne de la période sombre pour moi. Pas en tant que protectrice ou quoi, non, mais elle est cette présence sur le bord du chemin. Le témoin. Presque le réceptacle de mes Ombres en quelque sorte. Elle écoute, elle reçoit – quoi ? Mes douleurs, mes fatigues, mes doutes, mes pleurs… C’est oser lui raconter ce qui ne va pas, c’est oser dire les choses à voix haute pour qu’elles soient reconnues comme réelles puis intégrées. Puis c’est aussi tout le travail de déconstruction autour des pleurs : non pleurer n’est pas une faiblesse, n’est pas un acte “féminin”, n’est pas futile…. L’accueil des émotions passe aussi par là. Accepter ce que l’on est, avec nos forces, nos défauts, nos problèmes. Accepter de faire des erreurs. Accepter de chuter. Produire le travail sombre d’introspection, de déconstruction, et puis trouver les pierres à poser, les actes à mener.

Elle me rappelle toujours aux bases du soin, de soi et des autres : “laisse-toi le temps”, “souffle un coup”, “autorise-toi à ressentir”… Aussi incroyable que cela m’ait d’abord paru (et cela a duré des mois, peut-être même des années), la Déesse me guide toujours sur les chemins du travail sur soi. Récemment, je me suis rendue compte qu’Elle était probablement la grande alliée ignorée des malades chroniques ou des minorités oppressées. Déstigmatiser le repos. Déstigmatiser la lenteur, l’économie. Apprendre à écouter son corps et à le respecter. Etc.

La période a à peine commencée qu’Elle est déjà arrivée, et qu’elle a déjà reçu des plaintes et des douleurs du fond de mon lit…

J’ai d’ailleurs un exemple de tirage qui aurait totalement pu être délivré par Freyja que j’aimerais publier ce mois-ci. La guidance collective que nous avons reçue lors du live Espace Sacré de l’Equinoxe d’Automne correspond vraiment bien au genre de leçon que Freyja m’apprend.