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Le dérapage de l’édition de l’Oracle des Runes chez Trédaniel

Préambule :

Cet article n’engage que ma petite personne. Je l’ai écrit moi-même, pour mon propre compte. Il est le reflet d’une grosse exaspération vis à vis de certaines grosses entreprises, ici une maison d’édition, qui sont tellement fructueuses et anciennes qu’elles se croient parfois au-dessus de tout. Attention, je ne dis pas que ça leur arrive tous les quatre matins. Mais quand même bien une fois, ça reste assez grave, surtout en l’absence totale d’action. Il serait bon que ce genre de pratiques disparaissent du milieu de l’édition et fassent l’objet d’un mea culpa systématique. Et oui, comme j’ai râlé, moi j’ai été dédommagée : j’ai reçu gratuitement une nouvelle version du jeu. Mais ça a été le fruit d’un énervement et d’un stress de plusieurs mois (au moins 8). Et ça ne corrige pas tout ce qui est expliqué plus bas, encore moins le fait que tous les  autres clients n’aient pas eu réparation et qu’on continue d’entretenir le flou, probablement pour ne pas perdre de l’argent sur le stock raté.

Entrons dans le vif du sujet

Voilà un sujet qui m’a frappée de pleine fouet. Un truc inadmissible à tout niveau, dont personne n’a parlé. Du coup, je pense qu’en lisant le titre plein de personnes vont se demander de quoi je parle. Qu’est-ce qui ne va pas avec l’Oracle des Runes ? Que s’est-il passé ? Et bien si vous l’avez raté, sachez que Trédaniel a publié l’Oracle des Runes avec une carte « défectueuse », passée totalement à la trappe par l’éditeur, et donc on la découvre en ouvrant le jeu : la carte Eolh est décentrée. Décentrée, juste ça ? Oui, » juste ça ». Vous avez une carte dont l’illustration a techniquement « glissé vers le bas », mais là en l’occurrence elle est carrément coupée en bas.

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Comparez le centrage normal d’une carte sur « Ass » avec le raté de la carte « Eolh » :

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Un problème en soi plutôt banal, qui peut arriver techniquement. Mais je tiens à souligner qu’il y a plein de paramètres qui soulignent que cet accident est particulièrement problématique et grave, dans son déroulement et sa (non) gestion a posteriori. Personnellement j’ai été saisie, perplexe, et choquée.

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1°) Premièrement, la taille du jeu. Lorsqu’un jeu possède 78 cartes, on peut imaginer qu’il est facile qu’une petite erreur s’y glisse, et que cela soit plus dur de la repérer. Mais quid du jeu de l’Oracle des Runes, qui ne comporte que 24 cartes !?! Quand tu passes ta maquette en revue, ça va, niveau charge de travail, on est loin des 78 ! (Et personne ne se serait attendu à ça chez Grimaud sur un tarot à jouer je pense; une erreur pareil d’une maison professionnelle, ancienne, c’est juste hallucinant). Alors oui, il faut relativiser : y a probablement plusieurs contrats en même temps, la personne qui revoit tout ça a plusieurs projets sous le coude, et pas juste les 24. Mais malgré tout, sur le projet donné, y a plus de facilité qu’un autre jeu.

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2°) Deuxièmement, une autre propriété spécifique à ce jeu-ci : une régularité visuelle à toute épreuve qui permet de déceler tout de suite un problème (ce qui n’aurait pas été le cas sur un autre oracle). En effet, les 24 illustrations sont toutes dessinées à l’intérieur d’un cadre noir. Et pas juste une bordure en haut et en bas, mais bien un cadre ; c’est comme de regarder un tableau déjà encadré. Toutes les cartes ont la même structure visuelle, elles sont toutes centrées sur le rectangle de papier de la même façon, etc. Du coup, si une des illustrations se décale, soit sur la maquette informatique, soit à l’impression, normalement tu le vois tout de suite vu que toutes les cartes sont « identiques » visuellement ! Il ne s’agit pas de repérer dans une oracle avec 62 cartes entièrement différentes où sont les petits décalages… Cette erreur est donc juste énorme, et tellement visible !

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3°) Troisièmement, la taille et l’expérience de cette maison d’édition. Ce jeu n’a pas été auto-éditée par les artiste et auteure, qui n’avaient pas d’expérience. Il a été édité par des professionnels du livre qui ont un catalogue immense et une grande ancienneté. Contrairement à une petite maison d’édition, chaque employé aura son rôle précis, et ne va pas cumuler les casquettes, ce qui a tendance à surcharger et à faciliter les erreurs en période de « rush ». Non, vous avez un maquettiste et probablement des superviseurs. Il y a l’avant, la préparation ; il y a l’impression, qui est normalement réalisée par un imprimeur, en contact avec les employés de le maison d’édition ; et il y a l’après, normalement un « test run », c’est à dire une impression test, pour avoir un exemple du produit fini et de vérifier que tout est en place ; et c’est seulement ensuite, il me semble, qu’on lance les impressions en grand nombre. A mon niveau, je ne peux pas dire si c’est à l’étape de la maquette qu’il y a eu une erreur, ou si le problème est arrivé du côté de l’imprimeur. On n’a pas moyen de le savoir. Mais toujours est-il qu’une chaîne de production est en place, avec ses acteurs, ses responsables, ses vérifications, etc. Là il y a eu rupture dans la chaîne pour obtenir ce résultat.

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4°) Quatrièmement, pourquoi n’a-t-on rien entendu après la publication ? A partir du moment où la maison d’édition, qui est en tort, s’en rend compte, pourquoi ne fait-elle pas un communiqué ? Si on part du principe qu’ils sont un peu « vieux jeu » (façon de parler), et qu’ils ne sont pas présents sur les réseaux sociaux (Instagram inexistant alors que c’est le support majeur avec Facebook dans notre milieu ; ils ont un twitter, mais poster là-bas ne nous touchera pas, etc). J’ai regardé hein, j’ai cherché, sur google et pas seulement, mais il n’y a eu aucune communication à ce sujet, ni pour prévenir les utilisateurs, ni pour s’excuser aux gens qui l’avaient acheté, rien… C’est juste une absence totale de professionnalisme à mes yeux. Le message envoyé est : « on s’en fout en fait ». Tu nous as donné ton argent et on a merdé ? Ah bah c’est pas grave, on a l’argent, c’est bon pour nous… J’exagère exprès pour souligner l’absurdité du phénomène. Le petit accident qui aurait dû être évité dès le départ, au moins il aurait pu avoir sa petite gestion de crise de base. Il aurait pu vite être oublié par des excuses ! Juste le processus normal de communication quand on a fait une erreur.

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5°) Cinquièmement, une absence de gestion du problème généré pour l’utilisateur. Non seulement il n’y a pas d’excuses, mais on fait comme si le problème n’existait pas ; tous les acheteurs qui ont été lésés n’ont aucune solution qui leur est proposée ! On ne les contacte pas, on ne s’excuse pas, on ne leur propose rien. Pardonnez-moi d’insister, mais même des créateurs indépendants, qui débutent sur kickstarter ou autre structure, se seraient déjà fait insulter des centaines de fois alors que ce sont des débutants et pas des professionnels experts ! Et là personne ne fait rien.

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6°) Sixièmement, si je n’exagère pas, je dirais que la passivité totale continue vis à vis du traitement de l’information et de l’action de correction. Si j’étais sceptique, je dirais qu’on nous prend pour des jambons, et que l’étiquetage est carrément malhonnête, car on ne nous oriente même pas en terme éditorial. Bah oui, si jamais vous ne faites pas de communiqué, et que vous ne rappelez pas à vos frais tous les jeux perdus… bah vous ne perdez pas d’argent. Les gens ne sont pas au courant, ils vont continuer d’écouler tout le premier stock défectueux chez les revendeurs !

Quand je dis qu’en termes éditorial rien n’a bougé, de quoi je parle ? De l’objet en soi, de la réimpression. En imaginant que chacun se débrouille tout seul pour obtenir la nouvelle version… Comment fait-on ? Comment le sait-on ? Comme je le relève dans la vidéo, cela n’a pas été acté en terme d’édition, d’impression : quelle différence entre les deux boîtes ? aucune. Y a-t-il un libellé ? Bah non. Ils n’ont changé ni le titre, ni la couleur de la police, ni le dos, … rien. Ils auraient pu ajouté juste un bandeau, ou même une ligne d’écriture quelque part indiquant « réimpression », mais rien. En quoi est-ce que c’est normal cette démarche, sincèrement ? Est-ce honnête ? Sérieusement, j’ai été obligée de faire une vidéo pour prévenir les viewers, et d’y observer par moi-même la boîte sous toutes ses coutures pour lui trouver un micro détail qui puisse nous renseigner ! Car il y en a eu un, rikiki, au final : ça se joue au niveau du chiffre du prix et de l’IBSN (même pas du code barre). Le prix est devenu légèrement « en gras », et jaune. Mais j’ai dû l’observer vraiment bien pour m’en rendre compte, car les autres fois que j’ai regardé la boîte en solo, je n’avais pas trouvé ce détail. Et ce qui me gêne ? Il est discret. Il n’est pas inexistant, donc cela veut bien dire que quelque chose a été très légèrement modifié. Mais pourquoi seulement très légèrement modifié, plutôt que clairement modifié ? Mon scepticisme me dit qu’on l’a rendu discret… pour que ça ne se voit pas. Franchement c’est carrément douteux (pour rester polie).

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7°) Et ça ne s’arrête pas là ! Quand j’ai fini par recevoir mon jeu par la poste après avoir fait la chiante par email 3 à 4 fois, je me doutais qu’ils n’auraient pas encore modifié leur site (bien que ça ne soit pas professionnel non plus), surtout que je n’avais toujours rien entendu. « C’est trop tôt » je me suis dit. Alors par curiosité, quelques jours après la vidéo, il m’a pris de retourner sur leur propre site pour vérifier si quelque chose avait été mentionné. Après tout, il faut leur laisser le temps, et le bénéfice du tout. Mais non ! Comme vous pouvez le voir, non seulement on ne mentionne pas l’erreur, mais en plus on n’a même pas changé les images de prévisualisations du jeu ! On a laissé les anciennes…. dans le genre, ça ne vous crie pas « on s’en fout » ça ? Ah ouais, on a dû refaire imprimer le jeu, on a même modifié le design, mais sur le site où vous le vend, on l’a pas dit, quand vous voulez voir la tête du jeu, c’est toujours l’ancienne… Et je serais vraiment curieuse de savoir laquelle ils vendent sur leur site ! Vu que les images sont les anciennes… est-ce qu’ils écoulent leur vieux stock mal imprimé aussi ? Ou bien est-ce que vous recevez la nouvelle, qui ne correspond pas à ce que vous avez vu ? Sans rire, c’est vraiment minable…

Admirez-donc l’ancien design avec son bandeau blanc + ses runes rouge en haut à gauche et en bas à droite des illustrations.

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Comparaison entre l’ancienne impression et la nouvelle :

Comme je le disais dans la vidéo (pour ceux qui regardent avant de lire; voir plus bas), visuellement on a modifié peu d’éléments. Mais retirer les runes rouges qui accrochaient le regard, et surtout la question du bandeau blanc qui défigurait les illustrations, ça change tout ! Vous pouvez observer toutes les lames une à une dans la vidéo, l’effet de ces modifications est radicale. Je ne veux pas prévisualiser un jeu (la version 1) sur un site de vente et obtenir un autre produit (v2). Et je ne veux pas chercher un produit (le 2) et obtenir en fait la v1, parce que ça n’était pas écrit sur la boîte !
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8°) Au passage, la maison d’édition a également laissé sur le carreau 2 de leurs artistes et une auteurs. Un manque de franchise, de transparence, de communication, de service… Une mise en danger même ? Elles auraient potentiellement pu être la cible des consommateurs alors qu’elles n’y sont pour rien. Elles n’ont pas été intégrées dans cette chaîne de vérification, elles n’ont pas été prévenues, et elles n’ont même pas pu le vérifier par elles-mêmes, puisqu’elles m’ont dit qu’elles ont reçu leurs exemplaires de jeux au moins une semaine après la vente en magasin ! Les acheteurs ont eu le jeu dans les mains avant elles…

Le mot de la fin

Le tableau dressé ici est très noir, parce que je pense que le problème est grave. Mais nous pouvons relativiser en se rendant compte que ces pratiques se corrigent selon moi très facilement. Une fois de plus, pour une maison de cet ordre cela ne devrait pas être compliqué, ils ont tous les outils en main pour ce faire. Surtout que cela requiert des actes très simples (écrire aux auteures, écrire aux clients, écrire sur leur site (excuses) ; refaire les captures de la nouvelle édition et changer les images sur le site de vente ; revoir leur organigramme et la chaîne de vérification des maquettes…), franchement rien de sorcier. La confiance des clients cela se mérite et se gagne. Or il nous ont quand même montré qu’ils sont capables de faire mieux, de produire un bon travail : la nouvelle version est tout simplement meilleure que la première, mieux designée, plus juste visuellement, et dans le respect de ce que les auteures avaient demandé.

 La vidéo :

(Review) Revue des Cartes Oracle de Morrigan

*The gist of the review is available in English at the end!

Auteure : Hannah Storyteller.
Artiste : Morpheus Ravenna.
Éditeur : Mousagetes Books apparemment ? Mais c’est de l’impression à la demande sur le site « DriveThru Cards ».
Année : février 2019.
Langue : anglais.
Format : Oracle de 62 cartes. Petit pdf gratuit par email.
Prix : 14,90 dollars le jeu de base, compter environ 15 dollars de plus pour frais de port vers l’Europe (France).
Où le trouver ? Cliquez ici.


 

Review vidéo :

Synthèse écrite :

[EDIT: vous trouverez ci-dessous en rouge les ajouts complémentaires qui ne se figurent pas dans la vidéo]

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J’en avais parlé à sa sortie sur l’Antre de Morrigan, et voici enfin une présentation de ce jeu ! Le principe est un peu « bâtard » (au sens premier du terme) : le jeu n’a pas été réalisé pour lui-même, c’est un objet dérivé du dernier livre de Morpheus Ravenna, réalisé en collaboration avec Hannah Storyteller. Elles ont extrait des grandes planches du livre plein de petits symboles et situations, découpées et placées dans des cartes.

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1°) Le prix : un peu plus de 30 euros, soit entre 5 et 10 euros de plus qu’un jeu basique (US Games). Quand on voit que Shiffer ou De Vecchi en France nous donnent des jeux avec une grosse boîte magnétique solide et un gros livret broché pour ce prix-là, c’est décevant. Surtout décevant à cause de la mauvaise qualité des carte (voir le point 2). Pourquoi n’avoir pas kickstarté un jeu plutôt ??

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2°) La qualité des cartes :

Ici, je dois avouer que c’est une déception. Les cartes sont extrêmement fines et fragiles. J’ai déjà des tout petits accrocs blancs le long des bords, et des micros rayures en plein sur les illustrations alors que je n’ai jamais utilisé le jeu encore ! Je ne pense pas qu’il va durer dans le temps… Si c’était un jeu acheté en magasin à 15 euros, j’aurais moins de scrupule, mais l’import coûte 15 euros, donc on monte à 30 au total. Si le jeu s’abîme terriblement dès la première année, c’est super frustrant. L’impression aussi que le papier va boire toutes les traces de doigt.

Côté points positifs, il faut retenir ceci : 1) la taille type « poker » des cartes, ça tient très bien en main, c’est facile à mélanger. 2) le fini mat. Mis à part sur certains jeux spécifiques je crois que je n’aime pas du tout les vernis et les finitions brillantes. Une joie pour moi d’avoir donc ici un jeu dans son format le plus simple, sur lequel la lumière ne réfléchit que très peu. 3) Les cartes glissent très très facilement, donc elles seront agréables à étaler pour piocher. Attention cependant aux surfaces légèrement penchées ! Les cartes se feront la malle tout de suite. ;)

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3°) Le contenu du jeu :

Un cadre noir absolument rudimentaire, avec une police blanche étrangement en majuscule… je ne crois pas vraiment ce choix, je l’avoue. Ce n’est pas original, pas particulièrement beau ni efficace… mais ça passe. Je suppose que l’idée était d’apparaître le plus neutre possible ?

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Des représentations humaines très clairement celtes. Certaines sont mêmes historiques, traçables. Morpheus Ravenna a en effet beaucoup effectué de recherches archéologiques et académiques, et cela apparaît sur les cartes (épée typique à tête d’homme, représentation de sanctuaire traditionnel à palissade, etc). Cela se reflète aussi totalement dans le choix des symboles / objets / mots clés : ciel, terre, eau (les 3 éléments) ; pierre, chaudron, lance, épée (les 4 trésors d’Irlande), etc.

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Le jeu a tendance à être aligné sur la facette plus proprement guerrière de Morrigan. En conséquence, les images seront plus sombres et guerrières, donc cela veut dire souvent sanglantes : hommes blessés (The Slain), corps au sol (Grief), têtes coupées (Destruction). Beaucoup de références également à l’aspect « Shapeshifter » de Morrigan (change-forme) : des silhouettes encapuchonnées, des masques, des animaux de l’Autre Monde (Seer, Guide, Watcher, Foresight, Mystery, Outcast ; Companion, Fey, … ). Aussi, on notera une présence du chien très notable, même si l’on retrouve bien évidemment des corneilles. Je voudrais interroger Morpheus sur ce point.

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Morpheus m’a généreusement rappelée qu’une partie des illustrations est visible gratuitement en ligne ! Elle a publié sur son site une fraction des illustrations de Goodnight Morrigan dont est issu l’oracle. Pour les visualiser, rendez-vous sur la page suivante, et descendez à la section « Illustrations » : sur son site. Pour les plus courageux qui veulent tout voir, vous pourrez explorer touts les pages sur son patreon ici.

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Les mots clés sont assez variés à mon goût, mais je me demande ce que cela donnera en tirage. A voir comment utiliser les échos entre les illustrations, est-ce que les fragments de mêmes scènes peuvent produire des couches de sens supplémentaire ? Aider l’intuition à choisir un sens ? Mais il est possible que cela n’ajoute rien, car cela n’a pas été conçu dans ce but précis. Je me suis complètement trompée au cours de la vidéo, le livret pdf ne comprend que 2 pages, pas 5 ! La première page vous donne un exemple d’interprétation de cartes pour vous montrer comment se poser des questions à partir d’une image, et comment en tirer des informations. La 2e page fourni en gros 2 tirages, et une feuille de mots clés rapides pour les concepts qui peuvent être problématiques (et non pas une anti-sèche sur l’intégralité des cartes comme je le pensais dans la vidéo).

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Lorsque je m’attarde sur la carte « Sanctuaire » (Sanctuary), j’évoque la représentation probablement historique de l’artiste. Voici donc le complément d’information sur les temples gaulois historiques : voici le lien de l’article de Morpheus que je cite dans la vidéo.

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Voilà, le plus important a été dit. Si j’ai oublié quelque chose, ou si vous avez des questions, n’hésitez pas. :)

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English Sumary :

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- for a fellow French, the 15 dollars shipping stings like hell; we’re used to it, but I’m warning my community ;
- the card quality is mostly poor. I love that the cards mat finish, and they glide really well, but their pretty thin, porous, and most of all super super fragile. The edges already wear some white snags (not sure that the proper English word), and the faces some scratches. So it looks like a cheap playing card deck. I so wish we could have properly kickstarted this, so that we have a standing, durable copy.
- I’ve been a lover of Morpheus illustration work for quite some years now, and I had seen most of them on Patreon for the book. So I am not disappointed on that point, I’m a fan. It was actually fun and interesting to see how the images were cut, and what keywords were extracted.
- I think the deck is smart, the most important Irish Celt concepts are there, the vibe is historically faithful, the emotions are present too, it’s a moving deck. Faces of the Morrigan are respected. A huge focus on Warriorship and Shapeshifting in my opinion (which I love).

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So, it’s a nice addition to my collection. I’m dying to test it for myself and others, to see how it actually respond in « divination ».

(Review) Revue du True Black Tarot

Je vous invite à suivre le lien de la campagne et à aller voir (plus bas) car les photos officielles de la campagne sont déjà complètement bluffantes :

Informations générales

Auteur : Arthur Wang
Illustrateur : Arthur Wang
Éditeur : autopublié grâce à une campagne kickstarter
Année : Une très longue gestation pour ce jeu. Le kickstarter a été lancé en septembre 2017, mais l’auteur a rencontré de multiples problèmes techniques ; l’envoi définitifs des jeux a eu lieu en mai 2019.
Type de jeu : Tarot, 78 lames + 1 arcane spécial (+1 lame « test ») ; tradition Rider Waite Smith, revisistée.
Langue : anglais.
Prix 85 dollars (hors frais de port) sur le site officiel. Je crois qu’il faut compter une centaine d’euros en tout. A priori déjà sold out. Je ne suis pas sûre qu’une autre impression ait lieu, car l’auteur est complètement épuisé par la dernière ligne droite du marathon, et que les enjeux techniques ont été terrible à satisfaire.

« C’est seulement dans l’obscurité que l’on peut voir les étoiles »

Présentation officielle du jeu

Le texte du kickstarter:

« True Black’s inspiration is timelessness. Tarot is a compendium of mankind’s omnipresent hopes, fears, and dreams, and a tarot deck should feel as everlong and constant as our human nature. The figures, styling, and clothing are designed to be enigmatic in presence, unable to be placed in any specific time or place, though simultaneously colored with facets of both the past and future, an artifact of our collective consciousness.

The stars and the unknown feature heavily in this deck. Humans across all geographic locations and times have been captivated by the wonders of the unknown, embodied as firmly today as it was aeons ago in the stars and the darkness. Artwork features starmaps from ancient and modern times, constellations, and scientific discoveries that simultaneously reveal fascinating new discoveries and more closely anchor us to an ageless universe.

Core to the concept of True Black is exceptional and unparalleled quality, both in its imagery as well as its construction and manufacture, setting a new standard in build quality and execution. Where the artwork speaks of timelessness, the deck will stand up to the rigors of everyday use. »

En résumé pour les non-anglophones :

- Un jeu qui souhaite refléter l’éternité, et l’universel et la constance de la nature humaine, peu importe le temps ou l’espace. Les représentations sont conçues pour être énigmatiques et difficiles à relier à un lieu ou un temps donné, tout en évoquant à la fois le passé et l’avenir.

- L’ambiance symbolique qui sous-tend le jeu évoque l’inconnu et les étoiles. En effet, la voie lactée a cristallisé pour l’humanité la quête de l’inconnu depuis des siècles, et c’est encore le cas aujourd’hui.

- Le concept au coeur du True Black Tarot est une qualité exceptionnelle à tous niveaux : son esthétique visuelle (les images des cartes), son design ainsi que sa fabrication matérielle. Le projet est de créer un jeu particulièrement durable.

 

Une revue écrite

La qualité des objets

- La boîte a son couvercle aimanté comme promis, même si aucune trace d’aimant n’est visible à la surface, contrairement à ce type de boîte d’habitude. La texture est mate, et assez douce au toucher. Ce que je crois voir cependant, c’est qu’elle sera plutôt poreuse, et risque d’absorber l’humidité des mains.

- Le livret possède une couverture avec exactement la même texture si je ne m’abuse ! J’ai donc la même peur, qu’à force de le manipuler, ouvrir, fermer, feuilleter, qu’elle ne s’imprègne de l’eau et de la graisse naturelle de doigts, et qu’elle en garde les traces. Seule l’utilisation permettra de le vérifier.

- Les cartes : tout ce qu’on nous avait promis… A ceci près que j’ai une trouille bleue de passer mon jeu sous l’eau et de le gratter avec une pièce comme dans la vidéo !! x) Mais elles sont d’une finition mate impressionnante, très clairement. Ce noir est terrible et plaisant à la fois pour les yeux. Le toucher est extrêmement doux, comme du daim. Les tranches sont d’un noir vraiment profond, qui a l’air d’être été « bu » par les cartes, contrairement aux revêtements en or habituels qui s’écaillent par exemple. A noter, les cartes ne glissent pas vraiment. Quand je les prends dans les mains, même avec cette chaleur, il semble que les traces que j’ai l’impression d’y laisser « s’évaporent » après quelques secondes, laissant le jeu intact. C’est assez saisissant.

Le contenu du livret

Comptez 100 pages au total, a priori ça n’est pas très long, et plutôt aéré, donc une autre mise en page aurait pu le réduire à la taille d’un « petit livret blanc » (little white book) fourni avec chaque tarot habituellement. Mais ici, l’artiste a pris le parti d’en donner une version « broché » (page reliée / collée, et pas juste agrafées) Il est totalement en noir et blanc, et relativement synthétique :

Il s’ouvre sur une très courte page d’introduction au jeu, pour en présenter rapidement la « toile de fond ». Puis, vous avez une page d’introduction aux arcanes majeurs, avant d’avoir directement derrière le détail. Après les majeurs, vous aurez une page d’introduction aux arcanes mineurs, leur détail, et pour terminer une page de remerciements à la fin. Les arcanes majeurs : une double page. Sur la page de gauche, vous trouverez le titre de la lame, un symbole en noir pour la représenter, 4 mots clés, et un petit texte pour parler de la signification générale de la carte. sur la page de droite, vous trouverez les informations additionnelles, qui correspondent aux ajouts symboliques spécifiques de l’auteur. Les arcanes mineurs : proprement synthétique, plus qu’une page par carte. La structure est identique, on y retrouve le titre de la lame, le symbole en noir, les 4 mots clés, et la description.

Mes ressentis sur l’ambiance générale du jeu

(en cours)

- la noirceur

- le cosmos

- l’atemporalité / l’impossible géolocalisation

- la blancheur / la statuaire grecque

- le côté « awe » / numineux ; la beauté, la fascination, et la peur, comme face aux Dieux

Quelques éléments d’analyse visuels

(en cours)

- certains éléments clés qui reviennent et tissent des relations entre les carets : les poissons d’or, le lemniscate, les chaînes (d’or ou non), …

- une nudité particulièrement « chaste », à l’américaine : les organes génitaux sont inexistants, comme sur certaines poupées. Les seins sont également assez discrets, je ne me rappelle pas avoir vu un téton dépasser… A vérifier.

- des animaux sont présents sur les mineurs, mais il n’y a pas de logique de suite ; un animal ne représente pas une suite en particulier (ex: le lapin pour les deniers), et ils sont donc présents aléatoirement (ex: le lapin pourrait se retrouver sur d’autres suites que les deniers).

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Quelques éléments problématiques

Deux choses que j’ai observées et qui peuvent poser problème. Je pense pouvoir faire avec pour ma part, mais je préfère les mentionner pour les gens que ça choqueraient.

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1°) La suite des épées évoque de la violence à l’encontre des animaux. Elle propose sur la fin (entre les lames 7, 8, 9 et 10?) des représentations assez « violentes » malgré l’aspect « figé », statique des cartes, et l’absence de toute trace de sang. Des animaux sont présents sur les cartes, présentés comme étant littéralement transpercés ou « embrochés », parfois des pétales rouges volent, comme pour évoquer la symbolique du sang. J’ai été assez saisie devant ces représentations moi-même, je me demande si certaines personnes pourraient les trouver trop violentes.

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2°) La représentation des corps. J’ai été fort maladroite verbalement dans ma première vidéo (majeurs) il me semble. Je manque de connaissance et de vocabulaire dans le domaine du genre, même si j’ai pris conscience de certains problèmes. Dans le cas du True Black Tarot, j’observe plusieurs choses : a) les corps sont particulières « lisses » ; ils renvoient cette image parfaite des magasines ; ils sont particulièrement minces…b) bien que j’apprécie la présence d’une forme d’ambiguïté de certains corps, une possibilité d’androgynie, je suis pas sûre que tout le monde s’y retrouve en terme de genre. Mon regard est encore trop « inéduqué »… j’ai appris à demander aux gens leur genre, pour les appeler correctement, mais dans le cas d’une image fixe, je ne peux pas demander. Comment identifier le corps qui est donc placé devant moi ? Les corps me semblent très binaires malgré tout – j’ai appelé ça « traditionnel » voire « arriéré » dans ma vidéo. J’ai eu l’impression que ce qu’on me montrait était : une poitrine volumineuse = une femme ; pas de poitrine = un homme. Et éventuellement, une ambiguïté, une 3e possibilité, l’androgynie… Mais c’est plutôt caricatural je crois.  A l’heure actuelle, je ne sais pas différencier si le jeu renvoie vraiment ça en termes visuels, ou bien si c’est ma propre inculture et mes propres biais qui s’expriment.

 

Revue en vidéo

Vous me pardonnerez pour la longueur, j’ai coupé en plusieurs parties, mais j’ai décidé de faire un parcours lame après lame pour ce jeu absolument unique.

(Review) Revue rapide des Cartes Oracles des Déesses

Auteur : Doreen Virtue
Artistes : plusieurs artistes ont été contactés (je suppose) pour prêter leurs œuvres existantes aux cartes.
Traduction : Suzanne Anfossi et Lou Lamontagne
Éditeur : AdA (Québec)
Année du jeu : 2004
Année de la traduction : 2007

Les rares bons points

Qualité des cartes : ça c’est plutôt bon.

  • Les plus : Un joli dessin au dos (quoi qu’à dominance celtique dans son esthétique, c’est bien étrange, voire pas très adapté, pour un jeu qui se veut universel) ; des tranches dorées bien faites, et assorties à la couleur du dos (jaune) ; des cartes vernies qui brillent, bien épaisses, solides.
  • Les moins : les cartes « collent ». La texture du papier les rend difficile à mélanger, car elles attachent les unes aux autres.

Le livret : sa facture est positive, son contenu beaucoup moins.

  • Les plus : Un dos carré-collé et pas des agrafes. Une belle couverture glacée, en couleur, avec un lettrage brillant. Des pages numérotées, un table des matières au début. Une vraie liste des illustrateurs par lames ! Et comment les contacter.
  • Les moins : Chaque carte comprendre une double page très courte avec 3 sections : le message de la carte (explicitation de la citation), les mots clés, et le « à propos » de la divinité en question (trop souvent risible dans sa longueur et son contenu).

Les problèmes de ce jeu

Un jeu qui m’a été cédé il y a très longtemps, et je me servais de certaines représentations réussies pour les mettre sur mon autel. Mais aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus que l’illustration de Vesta qui me plaît réellement. Je me suis rendue compte qu’il ne sortait jamais du tiroir parce qu’il n’avait aucun intérêt pour moi, ni dans le contenu, ni dans ces visuels (qui est le critère rédhibitoire) . Alors c’était le moment de m’en séparer et de le faire parvenir à quelqu’un qui peut en tirer quelque chose.

Je vais être très brève dans la revue, parce que je n’ai pas de temps à accorder à un tel jeu. En gros : Pour moi ça n’est pas un bon oracle.
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1°) Il n’y pas d’unité visuelle. D’abord parce que plusieurs artistes différents ont été choisi pour obtenir les illustrations. Ensuite, et surtout, parce que les illustrations ont été réalisées en dehors du jeu, avant sa création, et non pas pour représenter les divinités choisies (le principe de commande). Finalement, la qualité laisse clairement à désirer : certaines images sont très nettes, d’autres beaucoup plus floues. On voit que les formats d’images n’étaient pas les mêmes d’une carte à l’autre.
2°) La mise en page laisse à désirer selon moi. Certaines couleurs de police tranchent bien trop avec la couleur de l’arrière plan de la carte, et du coup l’illustration en prend un coup, se retrouve « étouffée » et moins visible (alors qu’elle devrait être au centre). D’ailleurs, les polices choisies sont particulièrement basiques et non « inspirées ». Ouvrez n’importe quel logiciel de traitement de texte gratuit, et vous aurez la même police de base… je trouve que pour un jeu sur l’esthétique des déesses, ça ne marche pas.
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3°) Les messages sont flous, et incohérents par rapport à leurs illustrations. Probablement trop « New Age » à mon goût (pour rappel, je sis polythéiste et je mets un point d’honneur à respecter les traditions des divinités avec lesquelles je suis en contact) : les informations « divinatoires » ne sont donc pas en rapport avec la culture de la déesse en question. Exemple 1: Dana, « grande prêtresse », « vous possédez une connaissance divine, et par votre enseignement spirituel vous pouvez aider les autres. » Dana est une divinité, pas une grande prêtresse, ça me pose souci de lire cela, à cause de la culture irlandaise ; du coup je ne « comprends » pas la carte, je ne peux pas m’identifier et l’utiliser. C’est une barrière totale. Sans parler du fait de parler de connaissance et d’aider les autres. A la limite, Cerridwen est une déesse celte associée aux savoirs et à la connaissance magique ! Là ça aurait marché… mais Dana ? Non, ça ne va pas. Exemple 2 : Maeve, « cycles et rythmes », « honorez les cycles qui régissent votre corps, votre niveau d’énergie et vos émotions ». Je ne vois littéralement aucun rapport avec cette déesse, on dirait qu’on me parle d’une autre. Une déesse de la Lune, j’aurais compris qu’on me parle de cycles (ou même Perséphone). Mais pas Maeve. C’est complètement à côté de l’histoire de la divinité. A noter : certaines cartes ont des messages plus justes (comme Artémis et Diane), mais ça ne rattrape pas l’ensemble.
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4°) Lorsque les messages peuvent être juste, ce qui me pose problème ce sont les illustrations extravagantes, si le message n’est par chance pas New Age, les illustrations le sont. Très fantaisistes, aujourd’hui je n’accroche plus à cette esthétique. Exemple 1 : la carte d’Athéna, représente une femme en tenue Renaissance ! Pour moi cette information visuelle est incohérente, mon cerveau ne peut pas l’accepter, je ne peux faire le lien entre le message, la carte, et la réelle déesse qui est censée être invoquée derrière. Ce n’est pas un hommage, cela ne sert aucun but d’avoir choisi cette femme de cette époque ; c’est juste un « copié collé » (sens métaphorique), on a pris au pif une illustration qu’on trouvait jolie, et comme il y a une chouette, on l’a retenue pour « Athéna ». Ca ne marche pas. Exemple 2 : « Damara » représentée comme une gentille fée victorienne, la fleur aux cheveux… Exemple 3 : Nemetona, qui est une déesse très locale, absolument « végétale », liée aux « nemeton » ou bois sacrés… représentée avec des bougies partout autour d’une immense croix chrétienne.
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5°)  Au final, ces messages génériques n’ont pas vraiment vocation à répondre à des questions en tirage, car ils sont trop abstraits, et ne touchent pas du tout tous les domaines de vie. On peut se dire alors que c’est plutôt un oracle de guidance, une carte au quotidien… Mais en réalité les messages ne m’apportent rien non plus de cette façon.
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A noter que je ne suis même pas rentrée dans l’aspect « biographique » du jeu, des problèmes liés directement à l’auteur. Pour une fois je me suis contentée de regarder le produit (manque de temps). Mais je rappelle brièvement : Doreen Virtue a été au cœur de deux des grands drames de la sphère païenne il y a de nombreuses années maintenant. D’un côté, elle était un auteur reconnu comme étant avide d’argent, vendant des jeux à la pelle, surfant sur toutes les modes, etc (cf. le New Age et ses réappropriations culturelles et capitalistes). De l’autre côté, elle est devenue soudain membre d’une « secte » chrétienne, et rejetant tout ce qu’elle avait fait auparavant, le qualifiant de démoniaque. Cela a posé également des soucis pour les formations de voyance qu’elle donnait, mais je n’ai plus le détail. Note : d’ailleurs elle a beau eu dire que c’était démoniaque, ses jeux n’ont pas été retiré des ventes, et certains de ses sites de formation sont toujours en ligne… la belle hypocrisie.

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EDIT: je suis allée faire mon taff correctement et j’ai fait quelques recherches, car la dernière phrase ci-dessus me posait fortement problème. C’est quand même une sacrée affirmation sans avoir vérifié… Or il s’avère que D. Virtue, sur ce point, a tenté de faire preuve de cohérence : retirer ses jeux de la vente quand c’est possible (US, mais pas à l’étranger), faire retirer son nom des jeux, reverser les fonds reçus de la vente des jeux (a-t-on seulement une preuve ? … je ne crois pas, mais bon, on peut imaginer qu’elle ne veut pas de cet argent). Le détail ici sur son article, je vous présente le plus essentiel qui peut se traduire facilement :

  • Pourquoi tous les jeux ne sont pas retirés : les droits sont vendus = « The foreign rights were sold on my products, and I don’t have the ability to control these items or their websites. »
    - Sauf aux USA a priori : « In the US, some of my old products will go out of print, and my name has been removed from tarot cards and some other new age products. »
  • Ce qui me gêne beaucoup plus c’est la phrase qui concerne les droits d’auteur : « The money from the old new age materials is distributed in a combination of charity, paying off my back taxes, and supporting my volunteer work. » == une partie est reversé à des associations caritatives, ça c’est cool. Mais quid des « back taxes » et du « volunteer work »?? Je trouve ça super malsain… Back taxes = des retards d’impôts ! Donc si je suis dans la merde finacnièrement, j’accepte cet argent du diable parce que ça m’arrange ? Et le travail associatif, le bénévolat (volunteer work), c’est pas le principe, bénévolat = gratis?? mais on accepte l’argent du new age pour « financer mon bénévolat » ? …. c’est super louche comme démarche.
    - Par contre, l’argent des applications lui est donné à des associations : « My name is also coming off of my old New Age apps, and the money from those apps is being donated to a homeless shelter »

(Review) Revue du « Universal Wisdom Oracle »

(photo officielle de Blue Angel Publishing)

Auteur : Toni Carmine Salerno
Illustrateur : Toni Carmine Salerno.
Editeur : Blue Angel Publishing.
Année : 2004
Type de jeu : Oracle, 45 cartes.
Prix : 29.95 AUD. En France entre 22 et 24 euros selon les enseignes.


(photos officielles de Blue Angel Publishing)

La revue écrite en bref

J’avais toujours observé de loin les travaux de Salerno, et j’y voyais pas mal de soucis et d’ambiguïté. Certaines toiles me renversaient complètement, d’autres étaient brouillons, naïves. Lorsque j’ai eu l’occasion, sans faire de gâchis, j’ai voulu voir par moi-même de quoi il retournait plutôt que de critiquer de loin. Je me suis laissée la possibilité de me rendre compte que j’avais tort, que je me trompais sur des impressions non renseignées. Au final, il s’est avéré que mes impressions étaient plutôt justes :

  • une hétérogénéité dans l’exécution des toiles, certaines bien travaillées, d’autres beaucoup moins ;
  • une omniprésence des femmes, essentiellement nues, assez dérangeante ;
  • beaucoup de répétition de thèmes à traiter et de motifs ;
  • des thèmes New Age de bas étage ;
  • un livret inégal.

Et pourtant, ce jeu possède aussi des qualités :

  • il y a des toiles abstraites somptueuses, et des toiles dont la matière artistique (couleurs et textures) me chamboule ;
  • la qualité de cette publication Blue Angel est vraiment correcte (boîte très solide, bonne impression des cartes, livret correct).

En résumé : je suis coincée entre deux chaises car j’aime beaucoup l’art de cet homme, mais il travaille des thèmes (new age) qui sont à l’opposé ce mes croyances ou de ce que je suis. Probablement qu’il faudrait plutôt pour moi acquérir des lames à l’unité (cartes postales par exemple), pouvoir sélectionner uniquement celles qui me plaisent, et pas les autres… Mais pour l’instant je n’ai jamais trouvé cette possibilité.

La revue en détails

Accrochez-vous car on va tout décortiquer. Je me sens d’autant plus tenue de le faire que je critique ce jeu, et que je cherche à démontrer tout ce qui ne va pas. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pu prendre le temps d’aller aussi en profondeur, mais c’était ce qui m’intéressait le plus quand j’ai commencé à écrire des reviews en 2012-2013.

1°) L’objet carte :

- La taille : les cartes grandes, en ce qu’elles sont plus larges que des cartes de tarot, mais demeurent assez classiques pour des cartes d’oracles. Elles sont également plus épaisses que des cartes standard de tarot, mais pareillement, c’est assez classique pour des cartes d’oracle. Rien qui ne sortent de l’ordinaire.
- L’impression : de type glacée / vernie
- Le dos : ce papillon assez classique dans sa représentation, assez étrange pour le thème du jeu. A mon avis assez inapproprié (en termes de logique, par rapport au thème du jeu et des cartes), en tout cas ça ne correspond pas à mon goût. Ne se retournent pas pour celles et ceux qui aiment employer des cartes renversées.
- Qualité de mélange/ glisse : leur taille ne pose pas de soucis particulier à mélanger, côté texture par contre, ça n’est pas spécialement agréable non plus. Les cartes ne collent pas exactement entre elles, mais ça adhère très légèrement, ça ne glisse pas particulièrement.

2°) Le contenu du livret :

- L’introduction (message de l’artiste) : on nous propose ici une introduction vraiment courte, qui nous explique rapidement comment utiliser les cartes ; cette partie est rédigée par Denise Harradine, dont le nom n’est cité nulle part sur le site de Blue Angel et sur tous les autres sites de vent… ça n’apparaît pas non plus sur la couverture, pour moi c’est un peu irrespectueux. Ensuite 4 petits tirages sont proposés.
- Le traitement des cartes : assez succinct. Chaque carte possède une double page, mais pas toujours. La taille et de la police et les grandes marges font que ça n’est pas non plus très dense en texte.
- La facture du livret : Il est plutôt bien imprimé, ce n’est pas une agrafe comme un livret blanc, mais bien une reliure au dos « carré-collé » (broché). L’impression de l’encre est correcte et propre. Les pages sont bien numérotées (jusqu’à 110 environ), et c’est un détail que j’apprécie toujours personnellement, sans trop m’expliquer pourquoi ; les livrets sans numéros de page me perturbent. Dois-je le préciser aussi, il est intégralement en noir et blanc.

- Que dire de la qualité du contenu ? Honnêtement c’est très moyen… Irrégulier, voire incohérent.
Si la qualité matérielle du livret est plutôt bonne, son contenu laisse franchement à désirer selon moi. Il est entièrement inégal, toutes les cartes ne reçoivent pas le même traitement et la même profondeur, sans parler du fait que la typographie et la mise en page accentuent des confusions. En effet, les petites phrases poétiques sont tantôt en premier, tantôt en dernier ; et elles sont de la même forme de police que les simples phrases résumées. Visuellement il n’y a aucun moyen de faire la différence ! (tout est en gras italique) Du coup, on peut s’attendre à une phase poétique, et recevoir un simple résumé plat de la carte en deux lignes. Aussi, les messages sont trop génériques, pas toujours en profondeur par rapport à la carte ; on ne sait pas pourquoi cette illustration spécifiquement, ni ce titre de carte. Personnellement je trouve ça absolument frustrant, car cela n’apporte… pratiquement rien. Du coup à quoi bon avoir un livret ?  Une note importante : cela n’est expliqué nulle part dans le livret ni sur la boîte, et pourtant j’ai lu parfois en ligne dans des reviews qui disaient que c’était un jeu d’affirmation, qui proposaient des exercices quotidiens et des mantras… C’est tout simplement faux en fait. C’est fastidieux à faire, mais j’ai pris le temps de faire, regardez avec moi. Quand on prend le temps de regarder le livret et de compter, on peut classer les cartes dans les catégories suivantes :

Recensement des cartes qui possèdent un mantra – affirmation, seulement 2 au final !

  • 1. Abundance
  • 2. Magic Tree

Recensement des cartes qui possèdent quelques lignes poétiques :

  • 1. Blue Angel (pronom « I »)
  • 2. Butterfly Wings (pronom « you »)
  • 3. Compassion (pronom « you »)
  • 4. Earth Song (impersonnel)
  • 5. Healing (pronom « you ») – cette carte est un OVNI d’ailleurs, car le texte n’est pas descriptif, c’est une lettre qu’un être supérieur vous adresse directement, vous parle ;
  • 6. Luna (pronom « you ») : n’a pas de texte descriptif ! C’est la seule carte qui ne comprend que des « vers » poétiques
  • 7. Raphael  (pronom « you »)
  • 8. Rest (impersonnel)

Il faut faire la différence entre les lignes poétiques, et les introductions de cartes. Elles n’ont pas été marquées différemment dans le livret, tout est uniformément en gras et en italiques, alors que ça ne remplit pas du tout la même fonction. C’est pour cela que je trouve le livret incomplet et confus. Les cartes suivantes possèdent bien énoncé en italiques, mais il ne propose aucune poésie ou méditation, il s’agit d’une sorte de phrase qui résume le sens de la carte :

  • 1. Dreaming Heart  (pronom « you »)
  • 2. Magic Tree
  • 3. Meditation
  • 4. Music of the Spheres
  • 5. No More Wounds
  • 6. Om
  • 7. Release
  • 8. Rose Quartz
  • 9. The Universe

Les cartes qui proposent réellement des exercices :

  • 1. La carte »Abundance » propose un exercice de respiration ;
  • 2. La carte « Aradia » propose des lectures ;
  • 3. La carte « Blue Angel » propose de prier et parler à l’archange Michaël ;
  • 4. La carte « Creativity » propose de tenir un journal, voire un journal créatif ;
  • 5. La carte « Lady of the Rose » propose un exercice de respiration / méditation… au final c’est toujours la même chose en fait ; une méditation qui consiste à respirer et faire le vide ;
  • 6. La carte « Love » demande de visualiser / ressentir la connexion à tous les êtres vivants, la pulsation de vie, et les éléments ;
  • 7. La carte « Om » possède une courte méditation guidée ;
  • 8. La carte « Release » possède une visualisation guidée et une prière à Michaël

Outre ces problèmes de forme, on continue dans l’inégalité de traitement et l’insuffisance. Je disais plus haut que les messages explicatifs des cartes sont vagues, et en regardant le détail pour la revue, je me rends compte que c’est encore plus problématique : au final, quand on prend le temps de regarder le jeu carte après carte, page après page, il y a trop de répétitions dans les thèmes et les exercices. C’est trop général, et le jeu a l’air de dire toujours la même chose !  En gros, tout n’est qu’amour et lumière ; il faut se libérer de ses peurs ; nous sommes des êtres créateurs, … C’est cela que j’ai évoqué dans la vidéo, et que je vais détailler plus bas, quand je parle du problème des âneries New Age sur la guérison et l’excès de positivité. Regardez les introductions de carte comme celle de « Lilac Mist » : « Your life is always perfect ; you are always at the right place at the right time. » Tout va bien dans le meilleur des mondes, que vous avez des dettes ou le cancer, tout va pour le mieux… Quant aux exercices, la phrase qui accompagne « Lost in Your Own Equations » résume très bien le problème : « Meditate and focus on the beauty inside you. Open your heart and experience the overwhelming love that exists within and around you. » On vous dit « méditez » mais on ne vous dit pas comment ; on vous dit directement quoi ressentir, « amour », mais pas vraiment à quoi ça ressemble. C’est une forme d’injonction creuse. Aussi, le titre de la carte était pour une fois intéressant, plutôt original (« vous êtes perdus dans vos propres équations »), mais le message du livret lui va complètement à rebours de cela, et retombe sur un message d’amour New Age planplan, sans aucun rapport.

3°) Le problème de l’ambition du jeu

Je crois que certains auteurs et éditeurs sous-estiment énormément les implications de détails autour d’un jeu : son thème général, et son titre. Est-ce que c’est parce que Blue Angel Publishing considère que plus c’est vaste, plus ça attirera d’acheteurs ? Je trouve personnellement que c’est se tirer une balle dans le pied… Mais peut-être que je sous-estime la politique New Age de Blue Angel ? (ça me demanderait de faire des recherches approfondies sur BA, et ça demanderait un temps fou, que je n’ai pas en plus de cette review ^^’) Un thème et un titre, cela crée nécessairement quelque chose dans l’imaginaire de votre consommateur, et donc des projections, des attentes. Même si on part du principe que l’achat ne va pas être compulsif, juste à la vue de la couverture et de quelques cartes, il faut avoir une quatrième de couverture (le texte au dos d’un livre, ou d’un jeu) très explicite et précise, pour donner au lecteur futur acheteur un complément d’information qui va confirmer ou infirmer les impressions du titre et de la couverture. Ici pour moi c’est l’ensemble du produit qui est raté : titre + couverture + thème + dos des cartes.
 
Parlons-en.
 
A) Le titre : « Universal Wisdom Oracle », que veut-il dire ? C’est très vaste (universel, sagesse), donc très vague et confus, mais aussi très pompeux. La sagesse universelle vraiment ?
 
Le terme universel : son sens premier veut dire qu’une chose est valable en tout lieu et en tout temps. Applicable à tout le monde aussi. Prenons un exemple simple. Oui, certains « symboles » peuvent être universels : le symbole du soleil se retrouve partout dans toutes les cultures. Parce qu’ils n’est pas abstrait, il recoupe une réalité tangible : un astre, sa lumière, et sa chaleur. Il n’y aura pas de culture où le soleil va signifier le froid, ça serait absurde. Par contre, est-ce que c’est positif ou négatif le soleil ? Et bien on ne pourra pas trouver de signification universelle ! (c’est à dire valable partout) : dans les pays du nord, qui ont parfois très peu de soleil au cours de la journée en saison froide, sa venue sera très très appréciée. Le soleil, la chaleur, nous réchauffe, réchauffe la terre, les plantes, et permet les cultures. Mais dans les régions tropicales ou désertiques, le soleil peut être dangereux : on peut faire une insolation, mourir de soif, voir brûler les cultures…   Notez ici que j’ai été plutôt conciliante. J’ai parlé de « symbole » universel (parce qu’on est ici dans un domaine visuel, cela me semblait s’imposer). Or un symbole ça n’est pas la même chose qu’une « sagesse », qui est censé être quelque chose d’abstrait, qui a trait à la « vérité ». Et là je pense qu’avec ce terme vous vous souviendrez aisément du fait que la notion de « vérité » est extrêmement problématique. Une vérité ou la vérité ? des vérités ? On baigne dans la question de l’unique vs le multiple, et de la notion de relativité. Comment est-ce qu’une vérité pourrait être applicable partout dans le monde, à toutes les langues / cultures / religions ? Je pense que vous saisissez le problème. Par conséquent, choisir un tel titre, cela revient à prétendre qu’une sagesse universelle existe, et, doublement, que l’on va réussir à la dépeindre. Donc c’est ambitieux au mieux, mais selon moi plutôt prétentieux et mensonger.
 
On pourrait objecter qu’un deuxième sens possible à « universel » serait ce qui a trait au cosmos. Mais comment définir le cosmos ?  le ciel ? Un peu restreint s’il s’agit de notre ciel bleu et de ce qui s’y rapporte (les nuages ? les oiseaux ? le vent / la météo ? ). Alors plutôt la galaxie ? les corps célestes, planètes, étoiles, et divers phénomènes ? Mais qui de sagesse + universelle dans ce cas-là ? Je trouve que le sens du jeu n’en serait pas plus clair. C’est tout aussi flou et inapproprié. Finalement, on emploie parfois le terme universel / cosmos comme un raccourci pour parler de ce qui touche à la terre. Et là, on aurait pu déjà être plus concret. Sauf que je pense qu’il demeure nécessaire de définir par des mots un champ d’action précis. Sagesse de la terre ? A ce moment-là, on ne dit pas que ce sont des vérités de terre valables partout pour tout le monde, mais bien que ce sont des valeurs et vérités qui sont empruntées à toutes les cultures sur terre ? Ca serait plus clair, mais ça reste ambitieux.
 
En conclusion, il y a un travail d’édition à faire. Une quatrième de couverture au minimum. Au mieux : une quatrième de couverture ET une introduction en règle au jeu. Là on a littéralement aucune explication nulle part du titre… ni de l’éditeur, ni de l’auteur. On dirait qu’il a juste peint n’importe quelle image, dans aucun ordre ni but précis, et qu’il a apposé dessus un titre sans aucun but. Pour moi… ça n’est juste pas sérieux.
 
B) L’autre souci qui se dégage du titre, à mon avis, c’est que l’équipe a conservé le flou pour éviter d’employer un terme problématique. On a écrit « universel » pour cacher « New Age ».
 
Il y a bien des thèmes qui agissent comme des « warnings » pour repérer le phénomène new age : le karma, les chakras, le Nouvel Age (l’évolution de l’humanité), la Terre Mère / Gaïa, les Anges, … Cependant, pour cela, encore faut-il pouvoir observer le détail des lames (illustrations, titres, et / ou explications du livrets). Sauf qu’à l’époque, je crois que j’avais trouvé peu de cartes et pratiquement aucune reviews pour aller plus loin.
 
Qu’est-ce que le New Age ? Pourquoi ça me pose problème ? On pourrait disserter des heures là-dessus… c’est un travail à part entière, je ne peux pas le faire ici. Je vais résumer les aspects qui me paraissent marquants. Ce « mouvement » se dit libre et éclectique, mais il est en réalité plutôt synonyme de bricolage. En effet, il correspond à une attitude de consommation capitaliste (voire colonisatrice…) : on prend chez autrui tout ce qui nous intéresse pour en faire sa propre sauce – d’où le jaillissement du concept d’appropriation culturelle aussi. On extrait des concepts qui sont partie intégrante à de grandes traditions culturelles ou religieuses, brisant ainsi leur sens, pour en faire autre chose ; on les dit « universels » (jer vous renvoie à ce qui a été dit plus haut) même quand ça n’est pas le cas, on fait des amalgames et des généralités. La preuve en est, même les anges chrétiens sont sortis de leur contexte de départ, pareil pour le Christ, et Madeleine. Très souvent on associe ainsi ces figures « dominantes » (pour qui ? pour les occidentaux souvent) avec des divinités « indigènes » (Bouddha, Ganesh…) et des phénomènes « spirituels » et « païens » (la guérison par les pierres, le travail avec la Lune, la Terre, les vies antérieures, les anales akhashiques…). Ex de lames complètement dans cette mouvance : le Bouddha, le Om, les chakras, la guérison par les pierres, la montagne sacrée Uluru.
 
Une autre idée extrêmement répandue par le New Age est que la spiritualité est synonyme de guérison et/ou qu’elle a pour but premier la guérison. Ce n’est pas le cas, c’est un abus de principe (et probablement un principe de vente marketing et capitaliste). Bien entendu, vous pouvez choisir, à titre personnel, de faire de votre spiritualité une guérison. Mais la spiritualité est avant toute chose une recherche de sens. Il s’agit d’un ensemble de croyances, non forcément rattachées à une tradition. Elle distingue la matière (corps) et de l’esprit, et réfléchit à tout ce que cela implique, acceptant que l’homme possède une âme (ce qui reste à définir). L’âme est-elle première sur le corps ? En termes de temporalité, en termes d’importance (hiérarchie). Qu’arrive-t-il à l’âme quand le corps meurt ? Meurt-elle avec lui ? Poursuit-elle sa vie ? Si oui, comment et où ? Y a-t-il dans notre monde d’autres âmes non humaines ? etc. Pourquoi je parle d’abus et de phénomène de vente ? Parce que dire qu’une idée, qu’un principe, va vous guérir, ça fait vendre. Du coup, on parle partout de votre bien être et de votre guérison, comme si c’était LA solution, et LE but premier. Utilisez-vous des tarots et des oracles pour guérir ? Vous le pouvez. Mais est-ce qu’un tarot ou un oracle est par essence ou avant tout un outil de guérison ? non. Sauf que dans ce type de communication d’édition, et de jeu, on vous bassine avec ces idées. Guérissez-vous, guérissez-vous, guérissez-vous. Vous êtes malades. Vous êtes souffrants. Etc. C’est malsain.
 

4°) Ce qui me pose problème avec les illustrations

Comme je le disais, pour moi le jeu est répétitif et inapproprié. Après avoir expliqué le problème de fourre-tout new age qui s’approprie des thèmes et les mélange, voici les thèmes majeurs du jeu qui me posent problème esthétiquement, parce qu’ils produisent une grosse répétition visuelle :
a – Cartes à thématiques chrétiennes : 8/45.
- ailes tout court  (ange + papillon)
- ailes & ange
- Christ & personnages (Madeleine, Raphaël etc)


b – De grosses répétitions thématiques voire de motifs entiers :
- le cas des femmes à fleurs + papillons (3/45)
- le cas des femmes allongées (6/45)
- les femmes arbres (plutôt d’un jeu à l’autre qu’à l’intérieur d’un jeu), ici une seule carte

Trois illustrations pratiquement identiques : un centrage sur le visage de la femme, une grosse fleur collée à son visage, deux ou trois papillons au vol similaire (même type de papillon, même nombre de points sur les ailes, même traits sous le papillon pour marquer son mouvement), même goutte d’eau / lumière sur le 3e oeil de chaque femme…

Six femmes allongées, et vous noterez donc que toutes sont nues. Les neuf autres femmes nues :

c – Le problème de Toni Salerno et du corps des femmes (15/45).
Les symboles chrétiens, ça ne me branche pas de façon général. Pourtant, je peux en faire fi c’est esthétique. Cela serait probablement passé si cela avait été traité de façon originale. Le souci c’est que là on n’a seulement pompé la thématique des anges, d’ailleurs uniquement réduits à leurs ailes. Donc on a un motif d’ailes qui se répètent partout, doublé du problème papillon. Certaines scènes sont visiblement identiques, comme un étudiant qui s’entraîne à travailler certaines postures : le cas de la femme allongée qui vous regarde ; le cas de la femme-fleur ; le cas des femmes-arbres. Et alors les femmes nues, vraiment, je ne m’explique pas…
 
Pour cette raison, j’ai longtemps hésité à écrire à propos de ce jeu car je n’ai jamais trouvé personne qui en parle… Personne ne mentionne les répétitions, le new age évidemment, et, vraiment, ça me choque que personne n’évoque le problème de Toni et du corps des femmes. Ni en anglais, ni en français, les reviews n’abondent pas, et tout le monde encense l’artiste sans se poser de questions. Je ne comprends pas cette unanimité. ll y a quand même 15 cartes de femmes nues sur 45, ce qui fait plus d’un quart ! Sur un jeu qui se prétend de la « sagesse universelle ». Pour moi ça n’avait ni queue ni tête, et vraiment aucun sens intellectuellement parlant. Réflexions en vrac :
- Pourquoi associer la sagesse et la femme uniquement ?
- Pourquoi la sagesse, et la femme nue à chaque fois surtout ?
- Pourquoi représenter toujours des femmes nues ? Qu’est-ce que cela implique ?
- Une femme est-il seulement belle quand elle est nue ?
- Que signifie choisir une carte pour représenter la « pureté » et d’y dépeindre une femme nue ?
- Quid de l’absence totale d’hommes dans les représentations, en dehors du Christ ? (ou d’un Bouddha ici)
 
Et alors le pire… Le pire ! Je suis franchement étonnée que personne n’ait mentionné cela jusqu’ici : oser mettre dans un jeu de la sagesse universelle une carte directement érotique et masculiniste dans les termes et la représentation (j’explique le concept du « male gaze » dans la vidéo).
- Pour commencer, nous nous retrouvons avec une carte nommée « Dreaming of You« . Qu’est-ce que ça vient faire dans un jeu sur la sagesse « universelle » ? Vous voyez ce que je souligne depuis le début comme énorme problème de choix de titre, de flou du thème, et d’incohérences diverses ? En quoi le titre de cette carte, « rêve de toi », relève de la sagesse ??? Pour moi c’est incompréhensible que ça ait une place ici.
- Maintenant, si l’on met cela entre parenthèse, si on accepte ce principe pour x raison, demeure le problème. Réfléchissez juste quelques instants : que vous attendez-vous à voir, visuellement, sur une carte qui porte un tel titre ? Quelles images vous viennent à l’esprit ?
- Thématiquement parlant, à la limite, il y aurait eu plusieurs possibilités d’interpréter une telle idée. Ce texte aurait pu parler du lien fort qui unit deux personnes, quelle que soti la relation. Bien que je n’y crois pas, cela aurait pu concerner les âmes sœurs ; mais cela aurait pu aussi évoquer les relations platoniques (non physiques et romantiques, mais intellectuelles) ; cela aurait pu également parler des amis qui rêvent l’un de l’autre. On aurait pu parler de communion, de fusion, d’échange, de manque… plein d’idées auraient pu faire leur apparition ici. Mais non, le texte est complètement hypocrite à ce sujet ! Elle mentionne la tristesse de perdre des proches (« friends and loved ones »), des amis (« friends ») mais sa représentation correspond au désir charnel (pour être vulgaire comme dans la vidéo : c’est un cul en gros plan là, pas une silhouette souriante). Puis elle affirme que « le corps n’est qu’une coquille qui abrite l’esprit » (« the physical body is but a shell that houses our spirit »), comment affirmer un truc pareil, et représenter un fessier en gros plan ? Pourquoi ne pas appyuyer l’illustration sur l’esprit ?
- Pour terminer, plus que toute autre carte du jeu déjà inappropriée, elle présente donc une femme nue. Et là le problème se dédouble. Dans un premier temps, quid des femmes et des hommes qui utilisent ce jeu, et ne désirent pas d’autres femmes ? Quid des personnes (hommes, femmes, ou autres) qui désireraient plutôt des hommes ? Dans un deuxième temps… le regard de cette carte est obscène, typique du « male gaze » : la carte est directement centrée sur les fesses nues de la femme. Les proportions sont déformées, comme lors d’une contre-plongée ou d’un « fisheye », et les fesses se trouvent donc en gros plan au centre de la carte, beaucoup grandes que les autres parties (effet de zoom). Une femme se résume-t-elle à ses fesses ? Le désir se résume-t-il à une seule partie du corps ? (pour information, ça frise en principe le fétichisme, même si c’est plus complexe que ça). Autre ambiguïté pour le moins : la femme dort. Autant, la femme aimée qui dort fut un cliché positif dans l’amour courtois (Moyen-Age), et plus tard dans la poésie romantique, autant une femme nue qui dort est extrêmement vulnérable. Ce regard qui se fixe sur son postérieur alors qu’elle n’en est pas consciente et qu’elle ne peut pas donner son consentement, c’est voyeur.

 
Si cette carte était isolée dans un jeu sans aucun autre problème de représentation, je l’aurais probablement prise différemment. Mais dans un jeu, créé par un homme, qui présente 15/45 cartes avec des femmes dénudées, plus ou moins zoomées, quelque soit le thème, avec aucun homme sauf le Christ ? C’est de mauvais goût. Ça ressemble à une obsession. (Et je radote, mais, ça n’a rien à voir avec la sagesse selon moi. On n’attend pas cette carte dans un jeu de ce type). Prenez d’autres exemples. Réfléchissez juste un petit peu. Il faut considérer ce dont on veut vous parler, et observer comment on vous le montre, comprendre la corrélation avec les symboles choisis. Quels rapports entre le titre du jeu, le titre de la carte, et les symboles représentés ? Les choix ne sont pas gratuits, ils veulent dire quelque chose.
== Quand on vous propose « Butterfly Wings », les « Ailes de Papillon » (déjà, c’est qui le rapport avec sagesse universelle? bon…) qu’est-ce qui va être porté comme message au centre de la carte ? Les ailes non ? Ou au moins le mouvement du vol ? Ou la délicatesse des ailes ? Dans le cas présent, la carte « butterfly wings » vous place au centre de la carte, pas à gauche, à droite, en haut ni en bas, non, au centre, c’est à dire le coeur du sujet : une femme et ses seins nus. Les ailes sont périphériques. Si elles étaient centrales, alors la femme aurait dû être de dos (ou de 3/4), et là on aurait pu admirer les ailes. Si vous placez un sujet au centre, c’est que c’est lui qui compte le plus. Donc encore du nu. Ça n’est juste pas possible.
== Idem pour la carte du quartz rose : quel rapport entre « quartz rose » et la sagesse ? Aucune explication. Quel rapport entre la sagesse du quartz rose et une femme nue ?

Le sexe nu de la femme est pratiquement au centre… Il y a même un trait blanc qui représente la séparation des lèvres. Et les textures à cet endroit, par hasard me dira-t-on, évoquent le toucher du poil pubien..
 

Les questions que je me pose en parallèle

Comment on explique tout cela ?

1°) Qui choisit les lames qui vont entrer dans le jeu ? Est-ce Toni lui-même, ou bien la maison d’édition a-t-elle le dernier mot ? Peut-être qu’elles ne sont pas choisies pour leur cohérence visuelle, ni par ordre chronologique, ce qui pourraient expliquer l’hétérogénéité que je vois. Mais alors comment est-ce qu’on ose vendre un tel produit ? comment peut-on espérer qu’il marche ? … probablement parce qu’on vend un nom (Toni C.S.). Mais dans ce cas-là, c’est doublement malhonnête. Ca n’est pas professionnel (pas du travail sérieux, j’ai fait tout ce que je pouvais pour le montrer), mais en plus c’est vraiment prendre les acheteurs pour des jambons…
2°) De quand date ce jeu ? Quelle est sa place dans la chronologie des jeux Toni C.S ? Ainsi, est-ce que cette hétérogénéité serait corrigée dans les jeux « suivants » ? J’attends de récupérer l’Oracle Gaia, et l’Oracle de Madeleine pour le savoir. A priori, leurs thèmes sont plus lisibles / clairs, et le travail visuel plus homogène. Mais je ne suis pas sûre que cela respecte une chronologie.
3°) Pourquoi j’ai acheté un tel jeu si j’ai autant de problèmes avec ?
- pourquoi j’ai acheté le jeu si j’avais autant de réticences au niveau du New Age ?
- pourquoi j’ai acheté le jeu sans me renseigner avant ?

Alors d’une part, pour ce que j’en avais vu, j’apprécie beaucoup le travail pictural de Toni Salerno. J’aime sa matière visuelle, ses couleurs, ses textures, sa luminosité. Par exemple, j’ai aimé l’Oracle de Gaïa, qui a dû être mon premier jeu de Toni. Dans ce jeu-ci, comme je le mentionne dans la vidéo, il y a des cartes abstraites que je trouve somptueuses (exemple ci-dessus). De mémoire je n’ai pas voulu m’arrêter à quelques lames qui me parlaient moins. J’ai voulu tester par moi-même, et non juste critiquer de loin. D’autre part, j’avais fait des recherches en réalité. Cependant, on ne trouve pratiquement rien en termes de photos et de reviews sur les jeux autres que l’Oracle de Gaïa. Il m’était impossible de me faire un avis décent sans avoir le jeu entre les mains. Donc malgré mon hésitation, je voulais vraiment « voir des mes propres yeux » avant de critiquer quoi que ce soit, et c’était un gros choc de m’apercevoir que je ne m’étais pas trompée en ouvrant la boîte.

La revue en vidéo

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