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« Le Chaman », compte-rendu de conférence

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Catégories: Chamanisme, Définir les concepts

[Repost de mon article de février 2015. Avec les temps qui courent, ça me paraît d’autant plus important de republier ce texte]

Jeudi 2 Décembre 2010 – Musée du Quai Branly à Paris

Titre original : « le chaman et la science », mais je trouvais ça pas tellement approprié…  le contenu de la conférence est un parcours du combattant, j’espère que ça sera clair.

Conférence de l’Université populaire du Quai Branly : « Le Chaman », par Charles Stépanoff

Grâce à une coupure du 20 minutes de la veille pris dans le métro, je tombe sur une « publicité » sur ce cycle de conférence au Quai Branly et je vois pour le lendemain donc « Le Chaman »… Coïncidence ou pas, j’étais à la fac sur Paris ce Jeudi 2 Décembre, et mes cours se terminaient avant la conférence ce qui m’a permis d’y aller. Alors je n’ai pas raté l’occasion !

Faire un lien précis entre le cycle de conférence (Histoire de la colonisation, les Archétypes), le titre je trouve. Ça manquait de clarté. Mais malgré tout c’était particulièrement intéressant.

La conférence était organisée en 2 moments : la première partie était l’exposé de l’intervenant, et ensuite une partie question. Je vais vous rendre compte des deux même si je trouve que c’était surtout les questions qui ont mené à des choses intéressantes.

J’espère que mes notes ne seront pas trop fouillis.

I – 1er Moment : l’intervention

L’exposé de Charles Stépanoff était coupé en 3 parties, pour exposer 2 théoriques scientifiques sur le chaman (dans le temps), et à la fin la théorie des « indigènes » eux-mêmes.

1°) Petit résumé historique

Au 16e et 17e siècles, les archives nous permettent de retrouver des gravures très parlantes qui affichent le plus le point de vue que l’on porte sur le chaman : il est perçu comme un démon, ou LE démon, Satan, et les représentations sont sensées être effrayantes. On a retrouvé en 1676 par exemple les Mémoires d’un chrétien, qui fournit la première description historique d’un rite chamanique : le chaman est décrit de façon similaire à un sorcier occidental, démoniaque.

Au 18e siècle en Russie a lieu une politique de démystification grâce à Pierre Le Grand. Il fait rassembler dans un même lieu, la Kunskamera, des étrangetés de tout l’Empire. Les chamans n’y échappent pas, ils doivent devenir des objets d’étude. On ne souhaite plus céder à la peur et les associer à des diableries, on veut percer leur mystère et comprendre. On envoie alors des émissaires collecter des idoles, rapporter des schémas, des dessins…

2°) La thèse des Lumières

C. Stépanoff nous a renvoyé à l’article de l’Encyclopédie pour nous exposer la thèse des Lumières. Tous les aspects négatifs y sont : illusion, Diable, faussaire, rapport cupide à l’argent… Le chaman est un fourbe faussaire qui recherche l’argent, utilise l’ignorance et la peur pour faire « marcher » son imposture.

C’est une théorie rationaliste très puissante qui influencent même les gens sur place, en Russie. Deux français, La Pérouse et Lesseps, traversent la Sibérie pour aller voir par eux-mêmes et rapportent des récits terrifiants qui concordent avec la théorie de l’Encyclopédie. Les philosophes reprochent au chaman la transe, qui permet d’accéder à la connaissance par un repli intérieur (critique du geste mystique).

Les rituels chamaniques sont coupés de leur contexte social, et transformés en spectacle ; Catherine II de Russie crée un théâtre pour y donner des représentations.

3°) Une très difficile entrée dans le monde moderne

Au 19e siècle on se rend compte que l’on a peut-être vu les choses sous un mauvais angle : on s’aperçoit que les chamans croient réellement en ce qu’ils font. Notamment, on observe qu’un chaman qui est malade va voir un autre chaman. L’attrait devient vraiment curieux, et tout étranger qui se rend en Russie essayera d’aller voir un chaman. Néanmoins, des théories péjoratives continuent de circuler, on reprend la théorie des climats de Montesquieu : la Sibérie, par son climat et sa rudesse, est un pays vide d’idées. Les habitants de Sibérie sont donc vus comme une race primitive, sauvage et inculte, issue d’un passé lointain. On effectue quelques comparaisons avec les druides européens.

Au début du 20e siècle se tient une première conférence ethnographique très importante. On essaie de faire naître un sentiment d’identité sibérienne. Mais dans les années 20 et 30, la montée du communisme embarque le chaman dans sa suite : on le tolère, mais on espère en faire un bon bolchevik. On tourne des films de propagande sur le sujet, le chaman peut être un outil. Puis dès les années 30, après une réunion ethnographique, la situation se dégrade, on procède à des exécutions pour briser la « résistance » de certains chamans, et on invente des excuses pour avoir une raison de les condamner (on les assimile à des koulaks). On essaie également de mettre de force les enfants nomades à l’école pour éradiquer les croyances et pratiques chamaniques. « Odna » est un film très célèbre sur le sujet, qui a parfois été diffusé sur Arte sans aucun commentaire, alors qu’il s’agit de cette propagande. On procède littéralement, et volontairement, à une destruction du régime social pour éradiquer les croyances animistes.

4°) La vision indigène

Ici je n’aurais que des points éparts à vous livrer.

– Contre la terreur, l’esthétique. D’après les chamans sibériens, la transe, la danse, les instruments, les gestes, tout dans la pratique est sensé être beau.

– Le doute essentiel. Contrairement à ce que les occidentaux auraient pu croire, les chamans sibériens favorisent le doute, il est un moteur essentiel du chamanisme. Il est important d’être toujours sceptique en quelque sorte, à l’affut d’un chaman charlatan, ou de pratiques douteuses.

– Être chaman : il y a des indices d’une nature individuelle différente, une essence invisible. Ce qui est fabuleux pour notre regard, c’est que selon les sibériens c’est une particularité de tout le règne vivant, les hommes ne sont pas les seuls à pouvoir être chaman : cette différence fondamentale se retrouve aussi chez les animaux, les plantes, etc. Il y a beaucoup de récits sur des Arbres Chamans (des arbres tordus ou étranges souvent ; des animaux albinos).

– Les Touvas d’aujourd’hui ont également des remarques très intéressantes sur l’attrait que l’on porte au chamanisme : ils trouvent cela stupide/naïf de venir jusqu’en Russie pour trouver des chamans, selon eux, il suffit de regarder autour de soi.
De même pour eux le néo-chamanisme est une douce illusion. Cela ne s’apprend pas d’être chaman. C’est soit une hérédité familiale (qui peut être une particularité physique), soit une particularité qu’un individu a développé dans sa lignée. Il faut commencer avant toute chose à étudier ses propres ancêtres et racines, et pas aller en Russie chercher des chamans, « copier » et dénaturer un chamanisme d’ailleurs.

II – 2e Moment : les questions

La partie question est très aléatoire puisque c’est le principe ouvert des questions. Je noterai ici essentiellement les choses qui allaient plus loin ou cherchaient à préciser des éléments (les provocations, les définitions tout ça, je pense que ça n’est pas utile).

– Une question sur le néochamanisme a permis de préciser les points déjà abordés à la fin de l’exposé : tous les gens qui prétendent apprendre le chamanisme sont des imposteurs pour les sibériens. Si on n’est pas repéré, si on ne possède pas de particularité, on n’est pas chaman. Cela n’est pas nécessairement héréditaire. Cela n’arrive pas forcément non plus pendant l’enfance, ça peut arriver très souvent à l’adolescence, parfois plus tard. Il existe des signes extérieurs reconnaissables (dont vous avez entendu parler : maladies graves, dépression, grosse crise « existentielle », fugue, épilepsie). Il existe paraît-il au sein des communautés un rituel pour vérifier si l’on possède ou pas l’essence chamanique.

De plus, il n’y a donc pas d’initiation possible. L’essence spécifique et les compétences sont déjà là si on est chaman, cela ne s’apprend pas, il s’agit seulement de trouver/créer (et se faire transmettre) les instruments.

– Il a également insisté à nouveau le doute (« insécurité cognitive permanente »). Il n’y a pas de critères. Par exemple, un chaman « alcoolique » : ça n’est pas forcément négatif, peut-être qu’il voit parce qu’il possède des puissants esprits alliés qui ont très soif.

– Il a également expliqué que les psychotropes, pour les Sibériens, sont une douce illusion aussi. Cela n’est pas réservé aux chamans en soi, et surtout, ça n’est pas nécessaire, c’est plutôt pour les débutants qui ne savent pas « faire ce qu’il faut » (modification de l’état d’esprit, transe…)

– Une remarque intéressante aussi : il y a autant de visions du monde que de chamans. Pour les sibériens/touvas, si un chaman dit la même chose qu’un autre (même vision du monde etc), alors c’est un imposteur.

Et finalement, puisque cette conférence faisait partie d’un cycle sur la colonisation, il a émis une phrase finale en lien très percutante : le New Age, le néo chamanisme, sont des formes nouvelles de colonisation en quelque sorte. On extrait une matière première et on la transforme « à la mode de »… (l’occident)

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La notion d’appel dans le paganisme

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Pistes de réflexions posées en 2013, sur le blog originel “La Voie des Dieux”. Je commence à trier et importer les archives.

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Je remercie Péma pour avoir jeté un pavé dans la mare, et contre toute attente, je me suis sentie « piquée » pour écrire un petit morceau ici. Je vous conseille de lire d’abord son article, surtout que je vais en dériver pour exprimer d’autres idées qui me sont venues en lisant le sien.

En fait la question d’un appel spirituel est particulièrement dense. Il y a plein de petites idées ici et là qu’il faudrait défricher, et je vais balancer ici des pistes, quitte à ce que ça soit très schématique. Mais en gros, c’est un mythe : le terme est inadéquat, et les conceptions qu’on s’en fait aussi.

Il y a de nombreux types d’Appel, et pas qu’un seul :

  • Si vous êtes une personne spirituelle, que vous cherchez à développer une relation à une transcendance, à la nature, au sacré…. Vous pouvez considérer que c’est déjà un appel. Vous êtes déjà « éveillés ». Pas au sens « vous êtes la frange supérieure de l’humanité qui va nous guider vers la prochaine ère » (connerie New Age en vue), mais tout simplement au sens plein et matériel : vous vous êtes réveillés à votre propre sensibilité. Vous sentez des choses immatérielles, ou vous sentez une attirance pour d’autres questions, d’autres paradigmes.
  • Il y a bien des gens qui sont choisis par des entités (dieux, esprits), qui ont une marque particulière sur leur chemin et leur vie. Oui, ça fait d’eux des êtres « à part », mais ça n’est qu’une catégorie de plus, de la même façon qu’ils seront blancs, noirs, grands, petits… Et ça n’est pas soudain comme un éclair, un matin on passe d’un athéisme pur à une croyance en Dieu, ou devenir en une seconde un dévot de la Déesse alors qu’on était chrétien…
  • Il n’y a pas que des gens élus. Nous sommes tous là, et nous pouvons tous faire nos choix. Sari soulèvent un point très important : l’action. Il faut travailler, et de la même façon que les élus ne se sont pas révélés en un jour, ils étaient probablement déjà engagé sur une voie, les autres aussi, tout le monde cherche. Cherchez ce qui vous fait vibrer, et suivez le. J’aime sa notion « d’appel du coeur ». Comme une passion profonde.
  • D’ailleurs il y en a forcément d’autres, des catégories, des définitions.

Personne n’a donc besoin d’être Appelé d’une façon spéciale pour être et vivre. Nous le sommes tous en fait, chacun à notre façon. On peut penser que certains auront une foi et des alliés plus « puissants » (je dirais plutôt plus efficaces) parce qu’ils ont été appelés au sens le plus commun (celui du centre, l’élection). Mais ça n’empêchera personne d’autre de marcher dans une voie si elle lui plaît et si les divinités répondent.

Il est important de noter aussi que tout le monde ne sait pas lire les signes, tout le monde n’entend pas les dieux… Comment faire alors ? Et bien on revient au problème de la définition : vous saisissez un appel plutôt que de le recevoir. Vous pouvez choisir, et avancer de façon volontaire. Le problème vient pour moi de confusions et de préjugés sur la tension réceptivité, passivité / action.

  • D’une part, tout le monde doit faire son boulot, la spiritualité n’est pas être assis sur un rocher et attendre. Même dans les formes les plus épurées de spiritualité qui n’impliquent pas de divinités etc… il y a une recherche. Intellectuelle, émotionnelle, etc. Il s’agit de se connaître (« connais-toi toi-même », et oui!), de trouver ce qui résonne en nous, ce qui nous correspond, et donc de chercher des voies. Ce qui ne correspond pas on le retire, ce qui nous correspond on le garde.
  • D’autre part, dans le paganisme, il y a un culte de la réceptivité et des facultés extra-sensorielles… mais ça veut dire quoi, ceux qui n’en ont pas sont condamnés à ne jamais pouvoir rien faire ? Ben non, ils font ce que bon leur chante ! ^^ Si on ne ressent pas les Dieux, ça ne pose pas de souci. Aux dernières nouvelles, à moins d’être amputé ça n’empêche personne de rendre un culte, de dresser un autel, de faire des offrandes, si c’est ce qu’il souhaite et ce qui lui parle. Ni à quelqu’un de se dire que si le chamanisme résonne avec lui, il va aller fouiller dans cette direction. Et s’il n’a pas entendu l’esprit du loup lui dire… Ben, on s’en fiche !

J’aime la conclusion de Péma aussi, qui rejoint quelques idées soulevées sur un autre blog, et un gros débat actuel sur la sphère anglophone : tout ça manque franchement de liberté et d’assurance. Chercher à faire comme autrui, pourquoi faire ? Chercher à être légitime… pourquoi faire, pour qui ? Soyez vous, et seulement pour vous.

EDIT : pour les courageux qui veulent explorer la question encore un peu plus avant, un autre point de vue sur la question qui me rejoint totalement.

 

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Qu’est-ce que la dévotion ?

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J’inaugure avec cet article la difficile transition qui me mènera vers la réalisation d’un seul site central “Sur le Seuil”, pour accueillir non seulement les activités tarot, mais aussi les dossiers païens, créatifs, et potentiellement anglophones. Je m’excuse d’avance de proposer un site non fini, mais la réalisation de la nouvelle architecture est très technique, et pas du tout terminée. En tout cas, voici le premier article païen sur ce site.

Ouverture

Avec ce post, j’effectue ici une transition entre la sphère Instagram, où pas mal de choses arrivent dans des stories éphémères ou épinglées, et une sphère plus durable, que je préfère situer sur les blogs. Ma consoeur Phro Nesis (NoxLux) a ouvert une série de question sur la dévotion, et pour moi cela méritait d’avoir plus d’espace pour y réfléchir. Voici en guide d’introduction ce qui lui a été demandé :

« Comment sait-on si on doit se dévouer à une divinité ? »

Extrait de la réponse de Nox : « tu peux tout à fait passer une vie heureuse de païenne sans jamais servir un dieu ou une déesse. La voie de la dévotion, c’est spécial et ça demande un engagement profond. »

A la lecture des échanges qui ont eu lieu, je me demande s’il n’y a pas une confusion parmi les nouveaux païens. Je crois qu’encore et toujours cela nous ramène vers les questions fondamentales que j’ai exposées dans l’article sur le travail sombre : avez-vous une spiritualité ou une religion ? quelle différence ? Comment les concevez-vous par rapport à ce que peut vous donner un dictionnaire et une encyclopédie ? Qu’est-ce que vous cherchez en étant païen, quel est votre but ?

Rappel de positionnement : comme je pars d’un prisme polythéiste strict (hard polytheist), forcément, pour moi la dévotion est fondamentale, et je ne vois pas comment le paganisme peut être autre chose que « dévotionnel », même si techniquement je peux imaginer qu’il existe cette option. Mais revenons-en à nos moutons.

Qu’est-ce que la dévotion ?

Si l’on reste très simpliste et terre à terre, la dévotion peut recouper deux choses : elle est à la fois une forme de ressenti intérieure (pieux / religieux) et une pratique. Dans le premier cas, il s’agit de la dévotion comme « attachement » (synonyme de piété). Nous ressentons un attachement et du respect envers des Entités (divinités). En français, on pense souvent à l’expression « piété filiale » pour illustrer ce point. Dans le second cas, au-delà du sentiment intérieur, il s’agit bien d’actions : la dévotion correspond le plus souvent à un acte de déploiement religieux. Dans le christianisme, on participe (par exemple) des messes et à divers rites religieux (culte public). Mais l’on peut aussi avoir un culte privé chez soi (un autel sur une table de nuit, des prières avant le repas, le coucher, etc). Les païens ont l’embarras du choix pour leur culte privé, sur la définition du terme “offrande”, etc.

Pour moi, le paganisme est bien cela : la reconnaissance d’Entités extérieures à soi-même, envers lesquelles nous ressentons un attachement intérieur puissant, qui nous pousse à ne pas juste reconnaître leur existence mais à les honorer. Comme j’ai peur de n’être pas assez claire, je vais me répéter beaucoup : il s’agit bel et bien de mon prisme personnel polythéiste (donc une forme de biais), et pas d’une définition unique du paganisme. Je conçois le et mon paganisme comme fondamentalement religieux. Je reconnais et je vénère des Divinités.

[Note 1 : comme dictionnaires en ligne rigoureux (et gratuits), je vous recommande le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), et on trouve également le Littré en ligne.]

Se dévouer ou non ?

J’ai l’impression que la question posée par cet.te inconnu.e révèle un flou sur la définition de base, c’est pour cela que j’y reviens. Il ou elle n’est d’ailleurs par le/la seul.e puisqu’une autre personne a posé une question qui a les mêmes implicites : « Comment est-on choisi par un Dieu ?  Ou comment la dévotion se présente à nous ? »

Pour moi (selon mon prisme restreint), à cause de ce que je viens juste d’expliquer au-dessus, tout païen est forcément dévoué aux divinités, parce qu’il les reconnaît, et ressent ce sentiment interne. Je sais bien que al mise en pratique d’une routine de pratique dévotionnelle n’est pas évidente à mettre en place, certain.e.s n’y arrivent pas, mais c’est souvent le but. Il n’y a aucune nécessité d’en faire « plus », d’aller se « dédier » particulièrement à une divinité pour être païen. Dans cette question, je vois un mélange entre le terme dévotion, et l’expression « être à la dévotion de » ou « être dédié à ». C’est uniquement dans le second cas qu’émerge la notion de service. Êtes-vous là pour simplement développer votre vie en tant que païen dans le monde ? Ou êtes-vous là pour offrir des services aux divinités ?

Évidemment, ce sont des simplifications, car chaque mot possède différents degrés de signification. La piété peut contenir l’idée d’attachement aux pratiques religieuses, et cela peut ressembler donc à une « dévotion servile ». Je crois que c’est le placement d’intention qui fait la différence. On a le droit d’être un fervent dévot, d’être attaché aux pratiques religieuses, sans pour autant être au service. On le fait pour soi, parce que notre sentiment d’affection/respect déborde, mais on ne le fait pas forcément pour servir.

Personne ne « doit » rien à l’origine. Chacun fait son chemin, selon ses besoins et envies. Après, selon que vous êtes plus ou moins sensibles, plus ou moins polythéistes (les divinités sont « réelles », externes et avec une volonté), vous pouvez ressentir un besoin qui vient de l’extérieur de vous. Mais tout cela se nuance et s’étudie. C’est un autre tiroir que l’on pourrait ouvrir sur le sujet des perceptions extra-sensorielles dans le paganisme (qui a eu lieu à l’époque dans la sphère anglophone notamment avec les débats sur “lay pagan” ou “blind pagan“). Tout le monde n’entend pas, ne voit pas, etc., les Dieux dans la vie courante. Est-ce nécessaire pour être païen ? Bien sûr que non.

Je pense qu’il est intéressant de rappeler ainsi qu’une divinité peut avoir un rôle particulier dans votre cheminement ou dans vos croyances, mais que ça n’est pas obligatoire. L’idée de se dévouer / dédier à une divinité est plutôt à rapprocher des concepts de « divinité patronne » (très à la mode en 2010) ou « tutélaire » (moins chargé). Cependant, ici on ouvre encore un très vaste débat, attenant à la dévotion, mais qui doit être tenu pour lui-même.

Aller chercher des ressources

En réfléchissant sur les stories de Nox, pas mal de souvenirs me sont remontés en tête. Je ressens une forme de perplexité face au gouffre qui sépare les païen.nes en ligne de 2010 et celles et ceux d’aujourd’hui. Ces questions avaient été largement explorées par la communauté sur les blogs, forums, listes de diffusion etc. Comment se fait-il que l’on redécouvre ces questions aujourd’hui comme si elles n’avaient jamais été posées ? Cela m’intrigue, me perplexifie même souvent, face à la pérennité des informations et des supports. On pouvait trouver plein de choses en ligne gratuitement, sans avoir à acheter des livres. On trouvait des témoignages variés, pour avoir différents prismes. J’ai l’impression qu’une partie des ressources sur la dévotion païenne s’est perdue avec les années, et que les personnes qui arrivent à la sorcellerie, la wicca, le paganisme aujourd’hui ne pensent plus à aller chercher sur les supports spécifiques employés pour débattre il y a 10 ans : les blogs. Ou alors elles sont introuvables ?

A titre d’exemple, autour de 2010 avait été lancé depuis la sphère anglophone le « Pagan Blog Project » : chaque semaine ou chaque mois une lettre, je ne sais plus. A chacun de choisir un terme qui lui plaisait. Et souvent, les gens se répondaient par blog interposé autour de la même lettre ou du même concept, c’était assez extra. Je pense qu’on a dû avoir moult « D is for Devotion » et définir chacun à sa façon la dévotion. Mais je ne crois pas avoir gardé les liens de tous les posts que j’ai lus. (Malheureusement, le site qui centralisait les thèmes, les années, les posts, a été supprimé depuis.) Chose importante, ce challenge avait été importé dans la pagano-sphère française, et je pense qu’il serait possible de réaliser une recherche pour déterrer tout ça. Le seul exemple dont je me rappelle est celui du Cairn : voyez ici l’article sur la dévotion. Voyez également son article sur les divinités patronnes ou non.

Je m’interroge sur la possibilité de retisser du lien entre deux mondes qui sont pourtant tous les deux virtuels, et qui devraient pouvoir se toucher. Notez également que cet article aura vocation à être complété avec le temps, c’est uniquement un premier pavé lancé dans la marre.