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Freyja’s Friday (10), période sombre et self-care

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Catégories: Polytheism & Animism, Suivre Freyja, Temps sacré

[English summary available here]

Je reprends des années après l’écriture de mes posts symboliques du vendredi, “Freyja’s Friday” ou les vendredis de Freyja, un jour consacré à la divinité dans la communauté anglophone. Pendant quelques années, le vendredi, c’était article pour discuter de Freyja sur mon blog anglophone. Rien de forcément très long ou compliqué, mais des partages réguliers sur mon expérience moderne au quotidien de travail avec la Déesse que je sers. Du “polythéisme vivant” comme m’ont dit plusieurs lecteurs.trices. Du coup en cette fin d’année, je tente quelque chose qui va si possible refaire son apparition dans mon écriture et mes travaux publics, continuation logique après avoir lancé des services rituels dédiés depuis quelques mois. On en reparlera en novembre.

Un retour en force pour la “période sombre”

Déjà, je vais commencer par faire un point de rappel. Je ne suis pas une “sorcière” ou une païenne générique ; je ne fête pas les “sabbats”. Je suis polythéiste de traditions gallo-irlandaise et “nordique” (et non asatru, mais ça serait un article entier à faire). Ainsi, mon appréciation du passage du temps est marquée d’abord par les mythes et les entités que je côtoie quotidiennement, et non pas des codes extérieurs qui ont été empruntés depuis des années par les modes et les livres. Quand je parle de “saison sombre”, d’une part je fais référence à la fois à l’automne et à l’hiver (équinoxe et solstice), au fait que dans l’hémisphère où je me trouve, on entre dans une période de déclin lumineux et d’un changement de saison. D’autre part, cela renvoie à des faits ou héritages culturels précis, dans les deux pôles mentionnés. Comme le rappelait ma collègue Phronesis sur l’Antre de Morrigan au cours du mois passé (ici et ici), la question de la “saison sombre” fait notamment référence à la question de Samhain, qui marque un point de rupture et de jonction à la fois entre l’hiver et l’été, les deux saisons irlandaises. Je n’ai pas mes notes à portée de main (donc c’est à vérifier), mais dans le calendrier de Coligny on peut trouver chez les gaulois une dynamique similaire (mais les idées et les faits culturels ne sont pas égaux entre les aires ; l’Irlande n’est pas la Gaule etc) autour de “samonios“, premier mois du calendrier gaulois qui marque la fin de l’été, et s’ouvre avec 3 nuits de célébration de Samhain. Pour finir, l’autre versant de ma tradition (germano-nordique) place en cette période de l’année également le déclin du soleil, mais surtout au plan mythologique l’ouverture de la Chasse sauvage, une période d’hyperactivité de l’Autre Monde avec des hordes d’Esprits en vadrouille en procession jusqu’au moins les premiers jours de janvier. A ce moment de l’année, le déclin du jour signifie s’exposer à la rencontre avec des êtres et des énergies nombreuses, complexes et pas toujours paisibles. On se replie dans la maison. On fait attention aux gestes de protection. Ce genre de choses.

Pourquoi donc Freyja en ce moment ?

Cette idée correspond à une observation toute personnelle, tirée de mes dévotions années après années ; ici, je ne fais référence à aucun livre, on est dans du partage d’expérience. Freyja revient souvent vers moi en ce moment particulier, j’imagine parce qu’il est très difficile. Cap temporel mondain, recrudescence d’activités “administratives” alors qu’on change de saison, de température, de taux d’humidité, de pression atmosphérique, d’heure, de luminosité, …. et parallèlement, l’Autre Monde est extrêmement ouvert, présent, débordant dans le Monde Commun, ce qui demande également beaucoup d’énergie et de temps en tant que spirit-worker. J’ai mes épreuves personnelles, créatives, professionnelles, et magiques…

L’automne, la saison sombre et les difficultés associées, c’est l’assurance que Freyja aura son autel bien entretenu, allumé, nourri : parce que je vais galérer, et que je vais chercher des enseignements et platement du réconfort.

La question du Self-care

Comme j’ai commencé à l’expliciter en ligne un peu depuis Juin dernier, l’aspect de Freyja le plus présent dans ma pratique est celui de la guérison (que j’associe à Freyja-Mardöll). Elle a beau être une des divinités les plus puissantes du panthéon nordique, puisque d’un côté elle incarne l’essence vitale (sœur de Freyr, divinité Vane de la fertilité et de la vie), qui lui vaut d’être enlevée / troquée, elle ou ses atouts magiques (son collier), et de l’autre elle est la grande “magicienne” (praticienne du seidhr) qui a elle-même initiée le roi des Dieux (Odin), malgré cela elle se présente le plus souvent à moi dans son visage silencieux, mélancolique et réceptif.

Quelque part, Freyja constitue la gardienne de la période sombre pour moi. Pas en tant que protectrice ou quoi, non, mais elle est cette présence sur le bord du chemin. Le témoin. Presque le réceptacle de mes Ombres en quelque sorte. Elle écoute, elle reçoit – quoi ? Mes douleurs, mes fatigues, mes doutes, mes pleurs… C’est oser lui raconter ce qui ne va pas, c’est oser dire les choses à voix haute pour qu’elles soient reconnues comme réelles puis intégrées. Puis c’est aussi tout le travail de déconstruction autour des pleurs : non pleurer n’est pas une faiblesse, n’est pas un acte “féminin”, n’est pas futile…. L’accueil des émotions passe aussi par là. Accepter ce que l’on est, avec nos forces, nos défauts, nos problèmes. Accepter de faire des erreurs. Accepter de chuter. Produire le travail sombre d’introspection, de déconstruction, et puis trouver les pierres à poser, les actes à mener.

Elle me rappelle toujours aux bases du soin, de soi et des autres : “laisse-toi le temps”, “souffle un coup”, “autorise-toi à ressentir”… Aussi incroyable que cela m’ait d’abord paru (et cela a duré des mois, peut-être même des années), la Déesse me guide toujours sur les chemins du travail sur soi. Récemment, je me suis rendue compte qu’Elle était probablement la grande alliée ignorée des malades chroniques ou des minorités oppressées. Déstigmatiser le repos. Déstigmatiser la lenteur, l’économie. Apprendre à écouter son corps et à le respecter. Etc.

La période a à peine commencée qu’Elle est déjà arrivée, et qu’elle a déjà reçu des plaintes et des douleurs du fond de mon lit…

J’ai d’ailleurs un exemple de tirage qui aurait totalement pu être délivré par Freyja que j’aimerais publier ce mois-ci. La guidance collective que nous avons reçue lors du live Espace Sacré de l’Equinoxe d’Automne correspond vraiment bien au genre de leçon que Freyja m’apprend.

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Un message de Freyja

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Catégories: Fragments poétiques, Poetical Fragments, Polytheism & Animism, Suivre Freyja, Voie des Dieux

[English Below****]

Un message de Freyja canalisé pendant le live rituel d’accompagnement au deuil du 17 août 2020. Je transmets à celles et ceux qui passeront par ici et pourraient en avoir besoin.


Post instagram original

“Ma fille, ma fille,
Tu ne peux pas les retenir
Regarde, regarde,
La corde te lime les doigts
Tu y perdras un bras
Si tu continues
Arrête-toi avant l’épaule
Arrête-toi avant le cœur
Tu es en or ma fille
Mon Trésor
Protège-toi
Protège-toi
Protège-toi toujours d’abord”

****A message from Freyja channeled on the night of the 17th, August, during a grief ritual I hosted. I post it here as asked, so that it may reach whoever needs to hear it.

“My daughter, my daughter,
You can’t hold them back
Look, look,
The cord is filing your fingers
And you’ll lose an arm to it
If you go on like this
Stop before it reaches for your shoulder
Stop before it reaches for you heart
You are pure gold my daughter
My Treasure
Protect yourself
Protect yourself
Awlays protect yourself first.”

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Eivor – Salt

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Catégories: Evocations musicales

Les personnes qui me suivent sur Facebook auront vu passer cette vidéo et peut-être même les paroles quelques mois en arrière en avril, vu que j’y avais relayé la mention de ce travail. Maintenant que j’ai ouvert une catégorie dédiée pour répertorier ce type de travail, je la replace ici. 🙂

Evocation :

Magie de la mer, tempête, sirènes, Sidhe de l’eau, Esprits de la mer, des profondeurs, hypnose, hantise, béance, abysse, noyade, initiation par l’eau, mémoire, voyance, fureur poétique, ….

Paroles :

J’avais commencé par regarder des paroles toutes prêtes en ligne (notamment sur cette page), mais un coup d’œil rapide mot à mot  et je me suis rendue compte qu’elle n’était pas complète. Du coup je vous livre ici ma propre transcription des paroles (et sans ponctuation, pour laisser à la poésie des mots leur énigme). 

“Surging through my body
The ocean in me
The ocean in me
Crashing waves of memory
Currents of longing
Currents of longing

(chorus)
The tide is turning
The undertow takes ahold of me
I know I should go now
I know that it’s time

In canyons deep within my soul
Torrents of fury
Torrents of fury

They carve away my fear
But the hurt still echoes
The hurt still echoes

(Indistinguishable voices)

(chorus)
The tide is turning
The undertow takes ahold of me
I know I should go now
I know that it’s time

Out on the horizon
A storm is brewing
A storm is brewing

I let the breakers rush over me
And feel the ocean’s heart pounding

Surging through my body
The ocean in me
The ocean in me

 (chorus)  
The tide is turning
The undertow takes ahold of me
I know I can go now
I know that it’s time

The tide is turning
The undertow takes ahold of me
I know I should go now
I know that it’s time

I know I should go now”

Si parmi vous il y en a qui veulent aller plus loin, j’ai proposé sur Patreon une traduction française et une interprétation de cette chanson. Oui dans un sens c’est une analyse poétique, mais il ne s’agit pas tant de prétendre dire ce que l’artiste a voulu y mettre, plutôt de montrer ce que la musique ET les paroles m’évoquent, à moi personne qui travaille avec les Esprits de la mer. De refléter de façon plus subtile qu’un rapport d’expérience des énergies, des images, etc. Il s’agit d’un long article (on approche 4000 mots) qui livre donc mes impressions personnelles.

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Eivør – Patience

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Catégories: Evocations musicales

Petit préambule

Cela faisait un moment que c’était dans mes brouillons, mais je n’y avais pas encore touché car je n’étais pas bien sûre de l’idée. Comme depuis quelques mois je commence à accumuler des choses de ce côté, je finis par me lancer, même si ça ne parlera pas à grand monde. Je tente, j’expérimente.
De quoi donc ? J’inaugure une catégorie “évocations musicales” dans la partie polythéisme du blog. Je travaille régulièrement les mythes en musique, et les Esprits avec lesquels je travaille aiment bien envoyer des messages comme ça. Ce médium est mixte, puisqu’il mélange poésie (la langue) et musique (support non verbal). Parfois le résultat pour un polythéiste est très littéral et évident, parfois il permet de mettre des mots sur des énergies, des entités, ou des mystères beaucoup plus subtils. Sur mon Patreon je me suis notamment permis d’analyser une chanson d’Eivor en avril (pour approfondir la magie de l’océan). Ici je vais laisser le champ totalement libre. Il y aura une chanson et juste la piste d’identification / évocation que j’y vois, avec les paroles. Les paroles peuvent être copiées-collées dans un traducteur automatiques pour les non-anglophones, et quand j’aurais le temps je proposerais des traductions mais pas systématiquement (par contre sur Patreon j’avais proposée une véritable traduction expliquée).

Aujourd’hui je commence avec cette chanson partagée hier sur Instagram à la volée :

Evocation :

Freyja Mardöll en quête d’Ödr (Odin / Heimdallr)

Paroles (Musicmatch) :

“Patience, when did you become a stranger?
I hardly know you anymore
Patience, if only we could be together
Won’t you to come knock on my door?

I want to walk with you again
Even if I have to wait
I just want to walk with you again
Tell me it’s not too late

Patience, there’s a shadow in the mirror
It’s not who I want to be
Patience, I’ve seen you in my mother
She never lost her faith in me

I want to walk with you again
Even if I have to wait
I just want to walk with you again

Everything I thought I knew is fading in the sand
There’s nothing left to hold onto
Every time I lose my ground, I reach out for your hand
I know no one else can save me now but you

I want to walk with you again
Even if I have to wait
I just want to walk with you again
Tell me it’s not too late
I just want to walk with you again
Tell me it’s not too late”

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« Le Chaman », compte-rendu de conférence

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Catégories: Chamanisme, Définir les concepts

[Repost de mon article de février 2015. Avec les temps qui courent, ça me paraît d’autant plus important de republier ce texte]

Jeudi 2 Décembre 2010 – Musée du Quai Branly à Paris

Titre original : « le chaman et la science », mais je trouvais ça pas tellement approprié…  le contenu de la conférence est un parcours du combattant, j’espère que ça sera clair.

Conférence de l’Université populaire du Quai Branly : « Le Chaman », par Charles Stépanoff

Grâce à une coupure du 20 minutes de la veille pris dans le métro, je tombe sur une « publicité » sur ce cycle de conférence au Quai Branly et je vois pour le lendemain donc « Le Chaman »… Coïncidence ou pas, j’étais à la fac sur Paris ce Jeudi 2 Décembre, et mes cours se terminaient avant la conférence ce qui m’a permis d’y aller. Alors je n’ai pas raté l’occasion !

Faire un lien précis entre le cycle de conférence (Histoire de la colonisation, les Archétypes), le titre je trouve. Ça manquait de clarté. Mais malgré tout c’était particulièrement intéressant.

La conférence était organisée en 2 moments : la première partie était l’exposé de l’intervenant, et ensuite une partie question. Je vais vous rendre compte des deux même si je trouve que c’était surtout les questions qui ont mené à des choses intéressantes.

J’espère que mes notes ne seront pas trop fouillis.

I – 1er Moment : l’intervention

L’exposé de Charles Stépanoff était coupé en 3 parties, pour exposer 2 théoriques scientifiques sur le chaman (dans le temps), et à la fin la théorie des « indigènes » eux-mêmes.

1°) Petit résumé historique

Au 16e et 17e siècles, les archives nous permettent de retrouver des gravures très parlantes qui affichent le plus le point de vue que l’on porte sur le chaman : il est perçu comme un démon, ou LE démon, Satan, et les représentations sont sensées être effrayantes. On a retrouvé en 1676 par exemple les Mémoires d’un chrétien, qui fournit la première description historique d’un rite chamanique : le chaman est décrit de façon similaire à un sorcier occidental, démoniaque.

Au 18e siècle en Russie a lieu une politique de démystification grâce à Pierre Le Grand. Il fait rassembler dans un même lieu, la Kunskamera, des étrangetés de tout l’Empire. Les chamans n’y échappent pas, ils doivent devenir des objets d’étude. On ne souhaite plus céder à la peur et les associer à des diableries, on veut percer leur mystère et comprendre. On envoie alors des émissaires collecter des idoles, rapporter des schémas, des dessins…

2°) La thèse des Lumières

C. Stépanoff nous a renvoyé à l’article de l’Encyclopédie pour nous exposer la thèse des Lumières. Tous les aspects négatifs y sont : illusion, Diable, faussaire, rapport cupide à l’argent… Le chaman est un fourbe faussaire qui recherche l’argent, utilise l’ignorance et la peur pour faire « marcher » son imposture.

C’est une théorie rationaliste très puissante qui influencent même les gens sur place, en Russie. Deux français, La Pérouse et Lesseps, traversent la Sibérie pour aller voir par eux-mêmes et rapportent des récits terrifiants qui concordent avec la théorie de l’Encyclopédie. Les philosophes reprochent au chaman la transe, qui permet d’accéder à la connaissance par un repli intérieur (critique du geste mystique).

Les rituels chamaniques sont coupés de leur contexte social, et transformés en spectacle ; Catherine II de Russie crée un théâtre pour y donner des représentations.

3°) Une très difficile entrée dans le monde moderne

Au 19e siècle on se rend compte que l’on a peut-être vu les choses sous un mauvais angle : on s’aperçoit que les chamans croient réellement en ce qu’ils font. Notamment, on observe qu’un chaman qui est malade va voir un autre chaman. L’attrait devient vraiment curieux, et tout étranger qui se rend en Russie essayera d’aller voir un chaman. Néanmoins, des théories péjoratives continuent de circuler, on reprend la théorie des climats de Montesquieu : la Sibérie, par son climat et sa rudesse, est un pays vide d’idées. Les habitants de Sibérie sont donc vus comme une race primitive, sauvage et inculte, issue d’un passé lointain. On effectue quelques comparaisons avec les druides européens.

Au début du 20e siècle se tient une première conférence ethnographique très importante. On essaie de faire naître un sentiment d’identité sibérienne. Mais dans les années 20 et 30, la montée du communisme embarque le chaman dans sa suite : on le tolère, mais on espère en faire un bon bolchevik. On tourne des films de propagande sur le sujet, le chaman peut être un outil. Puis dès les années 30, après une réunion ethnographique, la situation se dégrade, on procède à des exécutions pour briser la « résistance » de certains chamans, et on invente des excuses pour avoir une raison de les condamner (on les assimile à des koulaks). On essaie également de mettre de force les enfants nomades à l’école pour éradiquer les croyances et pratiques chamaniques. « Odna » est un film très célèbre sur le sujet, qui a parfois été diffusé sur Arte sans aucun commentaire, alors qu’il s’agit de cette propagande. On procède littéralement, et volontairement, à une destruction du régime social pour éradiquer les croyances animistes.

4°) La vision indigène

Ici je n’aurais que des points éparts à vous livrer.

– Contre la terreur, l’esthétique. D’après les chamans sibériens, la transe, la danse, les instruments, les gestes, tout dans la pratique est sensé être beau.

– Le doute essentiel. Contrairement à ce que les occidentaux auraient pu croire, les chamans sibériens favorisent le doute, il est un moteur essentiel du chamanisme. Il est important d’être toujours sceptique en quelque sorte, à l’affut d’un chaman charlatan, ou de pratiques douteuses.

– Être chaman : il y a des indices d’une nature individuelle différente, une essence invisible. Ce qui est fabuleux pour notre regard, c’est que selon les sibériens c’est une particularité de tout le règne vivant, les hommes ne sont pas les seuls à pouvoir être chaman : cette différence fondamentale se retrouve aussi chez les animaux, les plantes, etc. Il y a beaucoup de récits sur des Arbres Chamans (des arbres tordus ou étranges souvent ; des animaux albinos).

– Les Touvas d’aujourd’hui ont également des remarques très intéressantes sur l’attrait que l’on porte au chamanisme : ils trouvent cela stupide/naïf de venir jusqu’en Russie pour trouver des chamans, selon eux, il suffit de regarder autour de soi.
De même pour eux le néo-chamanisme est une douce illusion. Cela ne s’apprend pas d’être chaman. C’est soit une hérédité familiale (qui peut être une particularité physique), soit une particularité qu’un individu a développé dans sa lignée. Il faut commencer avant toute chose à étudier ses propres ancêtres et racines, et pas aller en Russie chercher des chamans, « copier » et dénaturer un chamanisme d’ailleurs.

II – 2e Moment : les questions

La partie question est très aléatoire puisque c’est le principe ouvert des questions. Je noterai ici essentiellement les choses qui allaient plus loin ou cherchaient à préciser des éléments (les provocations, les définitions tout ça, je pense que ça n’est pas utile).

– Une question sur le néochamanisme a permis de préciser les points déjà abordés à la fin de l’exposé : tous les gens qui prétendent apprendre le chamanisme sont des imposteurs pour les sibériens. Si on n’est pas repéré, si on ne possède pas de particularité, on n’est pas chaman. Cela n’est pas nécessairement héréditaire. Cela n’arrive pas forcément non plus pendant l’enfance, ça peut arriver très souvent à l’adolescence, parfois plus tard. Il existe des signes extérieurs reconnaissables (dont vous avez entendu parler : maladies graves, dépression, grosse crise « existentielle », fugue, épilepsie). Il existe paraît-il au sein des communautés un rituel pour vérifier si l’on possède ou pas l’essence chamanique.

De plus, il n’y a donc pas d’initiation possible. L’essence spécifique et les compétences sont déjà là si on est chaman, cela ne s’apprend pas, il s’agit seulement de trouver/créer (et se faire transmettre) les instruments.

– Il a également insisté à nouveau le doute (« insécurité cognitive permanente »). Il n’y a pas de critères. Par exemple, un chaman « alcoolique » : ça n’est pas forcément négatif, peut-être qu’il voit parce qu’il possède des puissants esprits alliés qui ont très soif.

– Il a également expliqué que les psychotropes, pour les Sibériens, sont une douce illusion aussi. Cela n’est pas réservé aux chamans en soi, et surtout, ça n’est pas nécessaire, c’est plutôt pour les débutants qui ne savent pas « faire ce qu’il faut » (modification de l’état d’esprit, transe…)

– Une remarque intéressante aussi : il y a autant de visions du monde que de chamans. Pour les sibériens/touvas, si un chaman dit la même chose qu’un autre (même vision du monde etc), alors c’est un imposteur.

Et finalement, puisque cette conférence faisait partie d’un cycle sur la colonisation, il a émis une phrase finale en lien très percutante : le New Age, le néo chamanisme, sont des formes nouvelles de colonisation en quelque sorte. On extrait une matière première et on la transforme « à la mode de »… (l’occident)

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