J’imagine que cela ne sera pas la seule fois où je parlerais de tarot et de consommation vu comme le sujet est vaste, alors je lui ai glissé un petit numéro. Ici, faudrait-il le préciser, ce n’est pas une leçon. C’est un témoignage à cœur ouvert de ce qui me préoccupe, de ma façon de voir, et de mon propre cheminement interne. 

C’est quand la dernière fois que vous avez pris le temps de remettre en question votre façon de consommer dans un domaine qui vous tient le plus à cœur ? Que vous avez interrogé votre Ombre et votre cohérence éthique ?

Moi c’était il y a quelques jours.

Je sais pertinemment que le tarot est un « péché mignon ». En termes écologiques et de consommation, c’est une bête noire. D’où vient le jeu ? Où est-il imprimé ? Quelles encres ? Sont-elles très toxiques ? Sont-elles bien « triées » et « recyclées » pour polluer le moins possible ? Où sont-elles libérées ? Dans quels contenants et matériaux ? Et quel papier ? des arbres de quelle espèce, qui sont élevés comment et où, qui ont quel âge, récoltés dans quelles conditions ? Et quelles conditions de travail pour les employés de l’imprimerie ? Quelle éthique de la maison d’édition ? Acheter son jeu à une petite boutique, ou à une grosse qui achète par lot, et « rassemble » les colis de jeu ? La liste est super longue, on peut passer des heures à réfléchir et à calculer des bilans carbones aussi. Je suis sur un chemin de toute façon, non seulement la perfection n’existe pas, mais en plus je suis encore plutôt au début du chemin. Ce qui arrive souvent, ce que l’on lit, c’est qu’il y a des domaines où c’est plus facile de suivre principes que d’autres. Pour ma part, j’ai bien remarqué que quand l’objet m’est vraiment trop important, cela entraîne une frustration trop grosse. Sachant qu’il y aussi des « petits » gestes, et des « grands » gestes en termes écologiques (ceux qui ont plus d’impact, comme le fait de ne plus manger de viande et de produits laitiers). Alors je sais que pour ce domaine, je mets mes principes « entre parenthèses », et j’essaie de compenser sur d’autres terrains. Pour cette passion-là, qui apporte autant de joie, de réflexions, et qui est aussi un domaine professionnel, je m’autorise un chemin beaucoup plus long. Je continue de réfléchir, mais je vais au « moins pire », tout en sachant que pourtant la solution la plus éthique et écologique serait de ne pas consommer du tout. Parfois j’arrive à suspendre mon rythme d’acquisition qui était déjà énorme pour beaucoup (1 jeu par mois). Et j’ajuste.

Pour poursuivre les réflexions sur la consommation, il y a aussi tout l’aspect beaucoup plus terre à terre du « gâchis », des objets vraiment pensés, vraiment utiles. Les bilans qui existent dans le minimalisme depuis des lustres, mais remis à la mode par Marie Kondo. Et ça, ça c’est un terrain où je peux beaucoup plus facilement progresser que l’écologie (qui, pour être « idéale » doit tendre vers la décroissance et le non-achat au final). Pour acheter moins, chasser le superflu. Et mon superflu à moi n’est pas le même qu’un autre, et il va même évoluer dans le temps. D’un côté, il y a aussi le fait de trier sa bibliothèque déjà acquise. J’ai toute une partie de mes études qui se passe en sous-marin depuis 1 an environ, où je passe en revue ma collection, je fais des tests, j’ai dressé des catégories de jeux « insatisfaisants » etc pour m’en séparer éventuellement dans l’avenir. Histoire de ne pas accumuler du vide. Histoire que cela reste un tout cohérent.

D’un autre côté, je fais mon chemin pour gérer de façon consciente les nouvelles entrées dans ma collection. Plus le temps avance et plus il y a de sorties, de kickstarters, vraiment j’ai l’impression d’en découvrir encore plus qu’avant, et pourtant je vois bien aussi que toute une partie me plane au-dessus car elle concerne des artistes soit qui ne m’intéressent pas, soit qui me sont carrément inconnus. C’est dingue cette vitesse et cette profusion. En tout cas, j’ai travaillé sur moi pour mon réagir, pour moins m’enthousiasmer à la sortie d’une campagne, puis que si c’était extraordinaire il y a 6 ans à 8 ans (sortie du Wooden Tarot 1st ed, ou du Wild Unknown par exemple), aujourd’hui c’est devenu monnaie courante. C’est entré dans le système. Les artistes se financent ainsi, de plus en plus. Du coup on a moins l’effet « c’est Noël » (image hautement capitaliste, j’en ai bien conscience, c’est révélateur que ça soit passé dans le langage courant).

Là où le bas blessait pour moi c’est mon amour profond de l’Art en tout genre, et le fait de me réjouir d’avoir 78 exemplaires de tableau d’un artiste que j’adore, même si cela reste pour le plaisir des yeux et pas pour la pratique du tarot. Je voyais ça comme acheter un set de 78 cartes postales en quelque sorte, il y a des années. Or quand j’étais plus jeune, je collectionnais effectivement les cartes postales d’artistes fantasy. Mais le temps avançant, et en prenant le temps de faire un pas de recul sur ma collection, certains jeux très beaux me sont totalement inutiles. Je n’arrive pas à pratiquer avec. Est-ce que je le garde quand même, parce qu’il a une valeur esthétique très haute, mais ne sera jamais un outil de pratique ? [Insérer ici toute une série de questions typiques de journal introspectif – On n’a pas le temps aujourd’hui] En tout cas, j’essaie de trouver un équilibre, et de ne plus avoir quelque chose juste parce qu’il est beau. Ce qui est délicat dans le cas d’un jeu, c’est que quand on ne l’a pas encore eu entre les mains, comment savoir si on va l’utiliser ou pas et si ça va matcher ? C’est toute la difficulté d’acheter un jeu en ligne, et encore pire, quand le jeu est kickstarté et pas terminé au moment de l’achat. Pourtant, avec le temps, j’ai développé une façon de faire. A priori, j’ai de moins en moins de mal à évaluer des tarots qui sont « jolis » esthétiquement, mais que soit je les trouve creux, soit j’arrive à voir que j’ai déjà un jeu à la maison qui peut répondre à cette fréquence énergétique, soit j’arrive à identifier que cela ne correspond pas à mon univers.

Je suis heureuse que ma wishlist soit en ce moment en suspens. Je procède à un véritable rééquilibrage énergétique, pour savoir ce qui me correspond exactement. J’ai mis les achats en pause. J’essaie de prendre beaucoup plus de temps pour déterminer mes priorités, mes goûts, et mes besoins. Là il y a quelque jour donc, je suis tombée sur un jeu « piège ». Il s’agit d’une artiste que j’apprécie, qui va autopublier son jeu. Donc c’est du soutien direct pour permettre à son projet d’exister, hors des circuits capitalistes. Elle a publié de nombreux jeux ces dernières années en peu de temps (c’est devenu son métier à plein temps), et j’avais réussi à ne pas en acheter juste pour la curiosité, parce que ces jeux ne résonnaient pas avec moi si je prenais le temps d’écouter. Sous mes yeux soudainement, je découvrais pourtant qu’après de multiples illustrations qui ne m’accrochaient pas et que je trouvais répétitives, elle avait commencé à réaliser quelque chose qui vibrait pour moi. L’univers qu’elle propose me plaît beaucoup, un mélange de nature et de moderne, une ambiance nocturne très particulière qui correspond bien à certains types de travaux spirituels que je fais. J’ai vraiment eu l’envie de suivre cette impression, de foncer. Petite clochette qui tinte à mon oreille, j’ai été pressurisée par l’appel marketing de la réduction « early bird » parce que les moyens sont difficiles ces derniers temps. J’ai d’abord cliqué pour le mettre dans mon panier. Et puis… Il a suffi de quelques minutes. « Est-ce que tu es sûre ? Est-ce que c’est une intuition ou une pression ? Est-ce que tu as quelque chose de l’Autre Côté qui t’indique qu’il y a un sens à cet objet ? » Un pas de recul en amenant un autre, j’ai réussi à récupérer mon protocole : pour éviter les achats impulsifs, laisse toujours l’objet au moins 24h dans ton panier. J’ai eu beau me dire « oui mais l’early bird c’est aujourd’hui, c’est pas demain », la seule façon de ne pas regretter, ne pas agir aveuglément, c’était de m’imposer ce délai minimal. C’est une solution pour passer le premier rush émotionnel. Quand on veut aller jusqu’au bout, il est conseillé d’attendre beaucoup plus longtemps (1 semaine au moins, dans les tendances minimalistes, je crois qu’on dit 1 mois).* Quand j’ai le temps et l’énergie, il m’arrive de tirer les cartes pour savoir s’il y a un alignement particulier avec le jeu en question au niveau spirituel. Ici j’ai donc laissé le temps faire son œuvre plutôt. J’ai réussi à sortir du piège marketing et de l’impression de manque, la peur de passer à côté de quelque chose, qui se dédouble chez les gens qui ont peu de moyens, et qui doivent acheter au prix le plus bas pour se le permettre (et donc c’était seulement possible très peu de temps). Je me suis dit tant pis. Ça n’est qu’un objet, respire. Laisse-toi le temps de savoir s’il t’anime vraiment, et seulement alors tu seras capable d’en profiter.

En observant un peu, même quelques heures après j’ai réussi à me dire non. Ce jeu me plaît énormément il faut bien l’avouer. Il a beaucoup de charme, et il pourrait donner un travail intéressant. Mais c’est plutôt ma curiosité professionnelle et artistique qui se sont exprimées. En m’écoutant honnêtement j’ai fini par me sentir que je n’en avais pas besoin. Pas d’appel du cœur, pas d’appel de l’Autre Côté non plus.

*Si je le retrouve, je vous publierai ici le lien vers un article qui réfléchissait sur des garde-fous à se mettre pour constituer une collection. EDIT : Les seuls dont je me rappelle à l’heure actuelle qui abordent ces questions sont deux anciens articles d’Arcanae Mirror : ici et ici.