Le dérapage de l’édition de l’Oracle des Runes chez Trédaniel

Préambule :

Cet article n’engage que ma petite personne. Je l’ai écrit moi-même, pour mon propre compte. Il est le reflet d’une grosse exaspération vis à vis de certaines grosses entreprises, ici une maison d’édition, qui sont tellement fructueuses et anciennes qu’elles se croient parfois au-dessus de tout. Attention, je ne dis pas que ça leur arrive tous les quatre matins. Mais quand même bien une fois, ça reste assez grave, surtout en l’absence totale d’action. Il serait bon que ce genre de pratiques disparaissent du milieu de l’édition et fassent l’objet d’un mea culpa systématique. Et oui, comme j’ai râlé, moi j’ai été dédommagée : j’ai reçu gratuitement une nouvelle version du jeu. Mais ça a été le fruit d’un énervement et d’un stress de plusieurs mois (au moins 8). Et ça ne corrige pas tout ce qui est expliqué plus bas, encore moins le fait que tous les  autres clients n’aient pas eu réparation et qu’on continue d’entretenir le flou, probablement pour ne pas perdre de l’argent sur le stock raté.

Entrons dans le vif du sujet

Voilà un sujet qui m’a frappée de pleine fouet. Un truc inadmissible à tout niveau, dont personne n’a parlé. Du coup, je pense qu’en lisant le titre plein de personnes vont se demander de quoi je parle. Qu’est-ce qui ne va pas avec l’Oracle des Runes ? Que s’est-il passé ? Et bien si vous l’avez raté, sachez que Trédaniel a publié l’Oracle des Runes avec une carte « défectueuse », passée totalement à la trappe par l’éditeur, et donc on la découvre en ouvrant le jeu : la carte Eolh est décentrée. Décentrée, juste ça ? Oui, » juste ça ». Vous avez une carte dont l’illustration a techniquement « glissé vers le bas », mais là en l’occurrence elle est carrément coupée en bas.

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Comparez le centrage normal d’une carte sur « Ass » avec le raté de la carte « Eolh » :

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Un problème en soi plutôt banal, qui peut arriver techniquement. Mais je tiens à souligner qu’il y a plein de paramètres qui soulignent que cet accident est particulièrement problématique et grave, dans son déroulement et sa (non) gestion a posteriori. Personnellement j’ai été saisie, perplexe, et choquée.

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1°) Premièrement, la taille du jeu. Lorsqu’un jeu possède 78 cartes, on peut imaginer qu’il est facile qu’une petite erreur s’y glisse, et que cela soit plus dur de la repérer. Mais quid du jeu de l’Oracle des Runes, qui ne comporte que 24 cartes !?! Quand tu passes ta maquette en revue, ça va, niveau charge de travail, on est loin des 78 ! (Et personne ne se serait attendu à ça chez Grimaud sur un tarot à jouer je pense; une erreur pareil d’une maison professionnelle, ancienne, c’est juste hallucinant). Alors oui, il faut relativiser : y a probablement plusieurs contrats en même temps, la personne qui revoit tout ça a plusieurs projets sous le coude, et pas juste les 24. Mais malgré tout, sur le projet donné, y a plus de facilité qu’un autre jeu.

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2°) Deuxièmement, une autre propriété spécifique à ce jeu-ci : une régularité visuelle à toute épreuve qui permet de déceler tout de suite un problème (ce qui n’aurait pas été le cas sur un autre oracle). En effet, les 24 illustrations sont toutes dessinées à l’intérieur d’un cadre noir. Et pas juste une bordure en haut et en bas, mais bien un cadre ; c’est comme de regarder un tableau déjà encadré. Toutes les cartes ont la même structure visuelle, elles sont toutes centrées sur le rectangle de papier de la même façon, etc. Du coup, si une des illustrations se décale, soit sur la maquette informatique, soit à l’impression, normalement tu le vois tout de suite vu que toutes les cartes sont « identiques » visuellement ! Il ne s’agit pas de repérer dans une oracle avec 62 cartes entièrement différentes où sont les petits décalages… Cette erreur est donc juste énorme, et tellement visible !

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3°) Troisièmement, la taille et l’expérience de cette maison d’édition. Ce jeu n’a pas été auto-éditée par les artiste et auteure, qui n’avaient pas d’expérience. Il a été édité par des professionnels du livre qui ont un catalogue immense et une grande ancienneté. Contrairement à une petite maison d’édition, chaque employé aura son rôle précis, et ne va pas cumuler les casquettes, ce qui a tendance à surcharger et à faciliter les erreurs en période de « rush ». Non, vous avez un maquettiste et probablement des superviseurs. Il y a l’avant, la préparation ; il y a l’impression, qui est normalement réalisée par un imprimeur, en contact avec les employés de le maison d’édition ; et il y a l’après, normalement un « test run », c’est à dire une impression test, pour avoir un exemple du produit fini et de vérifier que tout est en place ; et c’est seulement ensuite, il me semble, qu’on lance les impressions en grand nombre. A mon niveau, je ne peux pas dire si c’est à l’étape de la maquette qu’il y a eu une erreur, ou si le problème est arrivé du côté de l’imprimeur. On n’a pas moyen de le savoir. Mais toujours est-il qu’une chaîne de production est en place, avec ses acteurs, ses responsables, ses vérifications, etc. Là il y a eu rupture dans la chaîne pour obtenir ce résultat.

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4°) Quatrièmement, pourquoi n’a-t-on rien entendu après la publication ? A partir du moment où la maison d’édition, qui est en tort, s’en rend compte, pourquoi ne fait-elle pas un communiqué ? Si on part du principe qu’ils sont un peu « vieux jeu » (façon de parler), et qu’ils ne sont pas présents sur les réseaux sociaux (Instagram inexistant alors que c’est le support majeur avec Facebook dans notre milieu ; ils ont un twitter, mais poster là-bas ne nous touchera pas, etc). J’ai regardé hein, j’ai cherché, sur google et pas seulement, mais il n’y a eu aucune communication à ce sujet, ni pour prévenir les utilisateurs, ni pour s’excuser aux gens qui l’avaient acheté, rien… C’est juste une absence totale de professionnalisme à mes yeux. Le message envoyé est : « on s’en fout en fait ». Tu nous as donné ton argent et on a merdé ? Ah bah c’est pas grave, on a l’argent, c’est bon pour nous… J’exagère exprès pour souligner l’absurdité du phénomène. Le petit accident qui aurait dû être évité dès le départ, au moins il aurait pu avoir sa petite gestion de crise de base. Il aurait pu vite être oublié par des excuses ! Juste le processus normal de communication quand on a fait une erreur.

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5°) Cinquièmement, une absence de gestion du problème généré pour l’utilisateur. Non seulement il n’y a pas d’excuses, mais on fait comme si le problème n’existait pas ; tous les acheteurs qui ont été lésés n’ont aucune solution qui leur est proposée ! On ne les contacte pas, on ne s’excuse pas, on ne leur propose rien. Pardonnez-moi d’insister, mais même des créateurs indépendants, qui débutent sur kickstarter ou autre structure, se seraient déjà fait insulter des centaines de fois alors que ce sont des débutants et pas des professionnels experts ! Et là personne ne fait rien.

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6°) Sixièmement, si je n’exagère pas, je dirais que la passivité totale continue vis à vis du traitement de l’information et de l’action de correction. Si j’étais sceptique, je dirais qu’on nous prend pour des jambons, et que l’étiquetage est carrément malhonnête, car on ne nous oriente même pas en terme éditorial. Bah oui, si jamais vous ne faites pas de communiqué, et que vous ne rappelez pas à vos frais tous les jeux perdus… bah vous ne perdez pas d’argent. Les gens ne sont pas au courant, ils vont continuer d’écouler tout le premier stock défectueux chez les revendeurs !

Quand je dis qu’en termes éditorial rien n’a bougé, de quoi je parle ? De l’objet en soi, de la réimpression. En imaginant que chacun se débrouille tout seul pour obtenir la nouvelle version… Comment fait-on ? Comment le sait-on ? Comme je le relève dans la vidéo, cela n’a pas été acté en terme d’édition, d’impression : quelle différence entre les deux boîtes ? aucune. Y a-t-il un libellé ? Bah non. Ils n’ont changé ni le titre, ni la couleur de la police, ni le dos, … rien. Ils auraient pu ajouté juste un bandeau, ou même une ligne d’écriture quelque part indiquant « réimpression », mais rien. En quoi est-ce que c’est normal cette démarche, sincèrement ? Est-ce honnête ? Sérieusement, j’ai été obligée de faire une vidéo pour prévenir les viewers, et d’y observer par moi-même la boîte sous toutes ses coutures pour lui trouver un micro détail qui puisse nous renseigner ! Car il y en a eu un, rikiki, au final : ça se joue au niveau du chiffre du prix et de l’IBSN (même pas du code barre). Le prix est devenu légèrement « en gras », et jaune. Mais j’ai dû l’observer vraiment bien pour m’en rendre compte, car les autres fois que j’ai regardé la boîte en solo, je n’avais pas trouvé ce détail. Et ce qui me gêne ? Il est discret. Il n’est pas inexistant, donc cela veut bien dire que quelque chose a été très légèrement modifié. Mais pourquoi seulement très légèrement modifié, plutôt que clairement modifié ? Mon scepticisme me dit qu’on l’a rendu discret… pour que ça ne se voit pas. Franchement c’est carrément douteux (pour rester polie).

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7°) Et ça ne s’arrête pas là ! Quand j’ai fini par recevoir mon jeu par la poste après avoir fait la chiante par email 3 à 4 fois, je me doutais qu’ils n’auraient pas encore modifié leur site (bien que ça ne soit pas professionnel non plus), surtout que je n’avais toujours rien entendu. « C’est trop tôt » je me suis dit. Alors par curiosité, quelques jours après la vidéo, il m’a pris de retourner sur leur propre site pour vérifier si quelque chose avait été mentionné. Après tout, il faut leur laisser le temps, et le bénéfice du tout. Mais non ! Comme vous pouvez le voir, non seulement on ne mentionne pas l’erreur, mais en plus on n’a même pas changé les images de prévisualisations du jeu ! On a laissé les anciennes…. dans le genre, ça ne vous crie pas « on s’en fout » ça ? Ah ouais, on a dû refaire imprimer le jeu, on a même modifié le design, mais sur le site où vous le vend, on l’a pas dit, quand vous voulez voir la tête du jeu, c’est toujours l’ancienne… Et je serais vraiment curieuse de savoir laquelle ils vendent sur leur site ! Vu que les images sont les anciennes… est-ce qu’ils écoulent leur vieux stock mal imprimé aussi ? Ou bien est-ce que vous recevez la nouvelle, qui ne correspond pas à ce que vous avez vu ? Sans rire, c’est vraiment minable…

Admirez-donc l’ancien design avec son bandeau blanc + ses runes rouge en haut à gauche et en bas à droite des illustrations.

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Comparaison entre l’ancienne impression et la nouvelle :

Comme je le disais dans la vidéo (pour ceux qui regardent avant de lire; voir plus bas), visuellement on a modifié peu d’éléments. Mais retirer les runes rouges qui accrochaient le regard, et surtout la question du bandeau blanc qui défigurait les illustrations, ça change tout ! Vous pouvez observer toutes les lames une à une dans la vidéo, l’effet de ces modifications est radicale. Je ne veux pas prévisualiser un jeu (la version 1) sur un site de vente et obtenir un autre produit (v2). Et je ne veux pas chercher un produit (le 2) et obtenir en fait la v1, parce que ça n’était pas écrit sur la boîte !
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8°) Au passage, la maison d’édition a également laissé sur le carreau 2 de leurs artistes et une auteurs. Un manque de franchise, de transparence, de communication, de service… Une mise en danger même ? Elles auraient potentiellement pu être la cible des consommateurs alors qu’elles n’y sont pour rien. Elles n’ont pas été intégrées dans cette chaîne de vérification, elles n’ont pas été prévenues, et elles n’ont même pas pu le vérifier par elles-mêmes, puisqu’elles m’ont dit qu’elles ont reçu leurs exemplaires de jeux au moins une semaine après la vente en magasin ! Les acheteurs ont eu le jeu dans les mains avant elles…

Le mot de la fin

Le tableau dressé ici est très noir, parce que je pense que le problème est grave. Mais nous pouvons relativiser en se rendant compte que ces pratiques se corrigent selon moi très facilement. Une fois de plus, pour une maison de cet ordre cela ne devrait pas être compliqué, ils ont tous les outils en main pour ce faire. Surtout que cela requiert des actes très simples (écrire aux auteures, écrire aux clients, écrire sur leur site (excuses) ; refaire les captures de la nouvelle édition et changer les images sur le site de vente ; revoir leur organigramme et la chaîne de vérification des maquettes…), franchement rien de sorcier. La confiance des clients cela se mérite et se gagne. Or il nous ont quand même montré qu’ils sont capables de faire mieux, de produire un bon travail : la nouvelle version est tout simplement meilleure que la première, mieux designée, plus juste visuellement, et dans le respect de ce que les auteures avaient demandé.

 La vidéo :

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